© P.Yves Touzot 2018

28 avril 2018

BD: Ailefroide

L'enfance d'un jeune passionné de montagne à la fin des années 60.


Ailefroide est l'histoire autobiographique de l'enfance de Jean Marc Rochette, l'auteur entre autres du Transperceneige, écrite à quatre mains avec son scénariste Olivier Bocquet, qui avait déjà collaboré avec lui sur le scénario de Terminus, le troisième opus des aventures de ce train qui parcourt sans cesse notre monde pris dans un hiver sans fin.
Ailefroide raconte l'histoire d'un coup de foudre, celui d'un jeune adolescent et de la montagne, dans le magnifique décor du parc national des Écrins, à la fin des années 60. Pendant plus de deux cents pages, Rochette (et Bocquet) nous raconte son enfance et nous immerge en haute montagne, pour de longues cordées dans des falaises abruptes ou dans des couloirs de glace vertigineux, des bivouacs en haute altitude à la belle étoile, des descentes frénétiques en ramasse sur des pierriers, à travers de nombreuses courses en haute montagne. Car le héros, 14 ans au début du roman, a décidé de devenir guide, et pour y parvenir, il doit enrichir son palmarès. Ce très beau roman graphique nous invite à un réel voyage en montagne, au plus près de la nature, et nous offre à la fois de l'aventure, de belles histoires d'amitié, et un témoignage sur une autre époque, aujourd'hui révolue, à travers un graphisme simple et épuré qui ne prend jamais le pas sur l'histoire, une histoire qui reste de la première la dernière page sobre et touchante. Si la fin du roman est plus grave, elle nous rappelle que si la montagne offre un terrain de jeu sublime aux grimpeurs, elle reste un endroit sauvage où la moindre erreur peut se payer au prix fort.

Une magnifique déclaration d'amour à la montagne.

Ailefroide, une bande dessinée de Jean-Marc Rochette, scénario Jean-Marc Rochette et Olivier Bocquet.
Paru en 2018. Disponible aux Editions Casterman.





Sur ce site, pour les amoureux de la montagne:







15 avril 2018

ESSAI & FILM: Dans les forêts de Sibérie

Les six mois de Sylvain Tesson, écrivain voyageur français, dans une cabane sur les bords du lac Baikal en plein hiver sibérien.


En une dizaine d'années, Sylvain Tesson est devenu le porte-drapeau philosophique (et médiatique) des écrivains voyageurs français contemporains, mais aussi un auteur reconnu et loué, comme en témoigne la publication entre autres de Dans les forêts de Sibérie aux prestigieuses éditions NRF de Gallimard. Sylvain Tesson, marcheur infatigable, philosophe érudit, et grand amoureux de la langue française, voyage depuis de vingt ans aux quatre coins de la planète, avec une préférence assumée pour la Russie et ses pays voisins. Parmi ses œuvres, citons parmi mes préférés Petit traité sur l'immensité du Monde (Editions Equateurs, 2005), l'Axe du Loups (Robert Laffont, 2004), ou encore Une très légère oscillation (Editions des Equateurs, 2017). Et bien sûr, Dans les Forêts de Sibérie, à mes yeux son œuvre la plus aboutie.
Dans cet essai, Sylvain Tesson nous raconte ses six mois passés au bord du lac Baïkal, en plein hiver sibérien, dans une cabane digne de celle de Walden. Ce qui me touche chez cet étonnant voyageur n'est pas seulement son aptitude à partager avec nous sa vie quotidienne dans cette forêt du bout du monde, mais le regard qu'il porte sur son environnement, sur le monde en général, et aussi sur lui. Car Sylvain Tesson nous entraîne à la fois au plus près de la nature et au plus profond de ses états d'âme d'être humain, que se soit sur concernant sa propre vie ou son rapport de citoyen du monde sur notre société humaine moderne, ses dysfonctionnements et (parfois) ses espoirs. Sa plume est toujours virtuose, ses propos réfléchis et éloquents, et son authenticité bouleversante. Mais au-delà de la qualité de ses écrits, Sylvain Tesson aime ce contexte particulier d'isolement, les climats rudes, la langue russe, la vodka, la lecture, l'histoire, la géographie, et bien sûr l'écriture. Et il aime partager le tout, que ce soit avec les Russes qu'il croise de temps à autre sur place, ou avec ses lecteurs.
J'ai hésité à terminer cette chronique en oubliant volontairement de mentionner le film Dans les forêts de Sibérie, réalisé par Safy Nebou et sorti en 2016, mais il j'ai finalement décidé d'assumer ma déception, et de tenter de l'expliquer. Ce film, j'aurais voulu l'aimer, le défendre, l'encenser, mais malheureusement, rien ne fonctionne dans cette adaptation cinématographique produite (entre autres) par TF1. Ni le choix de remplacer Sylvain Tesson par un personnage de fiction (un publicitaire parisien en plein burn out), ni la musique (aux consonances parfois maghrébines), ni la fausse solitude du héros (qui n'est jamais vraiment seul dans le film), ni la direction artistique (cet anorak bleu flambant neuf qui le restera jusqu'à la fin)... Restent quelques images magnifiques du lac Baïkal, et deux ou trois scènes intéressantes. Maigre butin pour l'adaptation d'une œuvre aussi riche.


Un récit autobiographique inspiré et personnel sur la solitude et le rapport aux grands espaces. Essentiel.

Dans les forêts de Sibérie, un essai de Sylvain Tesson. Prix Médicis 2011.
Première publication en 2011 dans la collection NRF des éditions Gallimard, disponible également dans la collection Folio.





Dans les forêts de Sibérie, un film de Safy Nebbou, sorti en 2016.
Disponible en DVD/BllueRay/VOD.





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2 avril 2018

ROMAN: Sukkwan Island

Un homme s'installe sur une île avec son fils pour renouer avec la nature, mais les choses ne vont pas se passer aussi bien qu'il l'espérait ...



Sukkwan Island, ou le retour à la nature quand tout se passe mal ...
Jim est sincère lorsqu'il impose à son fils de treize ans de l'accompagner sur une petite île isolée du sud de l'Alaska pour vivre au plus près de la nature. Ce père de famille rêve depuis longtemps de ce changement de vie radical, qui doit lui permettre de transmettre à son fils d'autres valeurs que celles proposées par la société actuelle. Son manque de préparation et de lucidité va le ramener très vite à la réalité et les plonger dès leur arrivée sur l'île dans un cauchemar éveillé. La violence de leur confrontation permanente avec le climat, les éléments naturels et la faune locale agira alors comme un révélateur de la noirceur de leurs âmes, et de leur immense fragilité. Malgré leur combat pour survivre à ces épreuves, leur quotidien se dégradera inexorablement.
Sukkwan Island est un roman éprouvant, parfois à la limite du soutenable, habité par un coup de théâtre imprévisible, soudain et d'une noirceur infinie à peu près à mi-parcours du récit.
Ceux qui, comme moi, fantasment sur le retour à la nature ne sortiront pas indemnes de ce voyage, qui raisonnera comme un avertissement sans frais: aussi belle soit-elle, la nature est sans pitié pour les citadins mal préparés et les âmes fragiles.

Le rapport à la nature, dans sa version obscure. Apre et fascinant.

Sukkwan Island, roman de David Vann (Editions Gallmeister, 2010)



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