© P.Yves Touzot 2018

11 février 2019

FILM: Artic

Suite à un accident d'avion, un homme doit survivre seul dans un grand désert glacé ...


Attention: Artic est un film destiné à un public averti, aux véritables amateurs de films de survie.
Ici, pas d'introduction, pas de backstory du personnage principal, pas de flashbacks. Et pendant 1h37, aucun répit. Lorsque le film commence, l'accident à déjà eu lieu, le personnage est livré à lui-même depuis longtemps (et cette durée ne sera jamais précisée) dans un désert de neige glacial plus qu'isolé.  Cette absence totale (et assumée) de romantisme rend le film vraiment âpre, presque trop, sensation renforcée encore par la prestation convaincante de Mads Mikkelsen, comédien danois habitué aux rôles extrêmes (Pusher, Valhalla Rising, Michael Hohlhaas), et qui a déclaré à propos de ce tournage qu'il avait été (et de loin) le plus éprouvant de sa carrière. Dans la bouche d'un tel comédien, cette remarque prend réellement tout son sens. Le réalisateur, Joe Penna, dont c'est le premier film, a tourné durant 19 jours dans des conditions naturelles (et donc extrêmes) en Islande, en plein hiver. Sa réalisation est sobre, discrète, toujours au plus près de son comédien principal. Il ne nous épargne rien, tout en restant toujours très minimaliste dans ses effets. La fin, artificiellement étirée, n'est pas la plus grande réussite de ce film, mais, bien évidemment, ne comptez pas sur moi pour vous la révéler. Pour connaitre le dénouement de cette histoire, il vous faudra survivre comme le personnage principal à ce long voyage à travers l'hivers glacial et la solitude extreme.

Un film âpre et sans concession, une véritable épreuve pour le spectateur, ce qui doit être entendu comme un compliment, au moins par les véritables amateurs de films de survie. 

Artic, un film de Joe Penna
Sortie en salle le 6 février 2019



Sur ce site, pour les amateurs d'histoires dans le grand nord:







13 janvier 2019

ROMAN: Encabanée

Anouk, citadine québécoise, nous raconte ses quelques jours passés dans une cabane isolée en hiver...


Anouk, citadine en résilience, s'isole dans une cabane au milieu d'une forêt en plein hiver, et nous raconte à la fois son quotidien, et ses états d'âme sur notre monde. Le concept commence à être éculé, mais pourtant, une fois de plus, ce joli roman parvient à nous transporter et à nous nourrir. 
Encabanée est un premier roman largement autobiographique puisque l'auteure, Gabrielle Filteau Chiba, québécoise, l'a écrit (plus où moins) dans des conditions similaires à celles qu'elle fait endurer à son héroïne, à savoir un isolement total dans une cabane partiellement délabrée perdue au milieu d'une forêt pétrifiée par l'hiver. 
Au-delà de la qualité évidente de sa prose, de la richesse de ses propos, de la qualité de ses illustrations, l'intérêt de ce roman réside dans le point de vue (pour une fois) féminin qui est porté sur ce genre d'aventure majoritairement masculine. Le refus de la société moderne et l'envie soudaine de se retrouver confronté à la réalité de la nature et de l'hiver d'Anouk, l'héroïne du récit est à n'en pas douter l'alter ego de l'auteur, sont cette fois-ci traités à travers un regard féminin assumé, engagé, parfois un peu désespéré, mais souvent drôle. Ses descriptions de ses affres causées par un hiver Nord canadien sans pitié, et le regard sans concession qu'elle jette sur les aberrations de son ancienne vie, touchent le lecteur page après page.
A la fois véritable récit de nature writing et pamphlet altermondialiste engagé, Encabanée nous dépayse autant qu'il nous émeut. Et lorsque l'on referme ce joli roman, on en vient à se demander si Gabrielle Filteau Chiba n'est pas l'arrière-arrière-arrière-arrière petite fille cachée de Thoreau, ou la petite soeur secrète de Pete Fromm. Et si tel n'est pas le cas, elle en est une digne héritière, de l'un comme de l'autre. Et pour répondre à la question que vous pourriez vous poser: oui, c'est un (très beau) compliment.

Quelques jours dans une cabane, au cœur d'une forêt canadienne, sans partir de chez soi.
Le joli cadeau de nature writing de ce début d'année.


Encabanée, un roman de Gabrielle Filteau Chiba
Disponible aux Editions XYZ
Lien vers le site de l'éditeur




Sur ce site, pour les amateurs d'histoires de retraites solitaires et hivernales dans la nature:

ROMAN: Le Poids de la Neige
BD: Construire un Feu
ESSAI: Le dernier Ermite



11 janvier 2019

FILM: L'incroyable histoire du Facteur Cheval

L'histoire incroyable du facteur Cheval, et de la construction de son palais idéal ...


Le facteur Cheval (1836-1924) est, comme son nom l'indique, un facteur qui délivrait le courrier dans la Drôme du 19ème siècle. Le nom de ce personnage réel du patrimoine culturel français aurait sans doute aujourd'hui été oublié s'il n'avait pas passé 33 ans de sa vie à bâtir un stupéfiant palais de style art naïf au beau milieu de nulle part, palais qui se visite encore de nos jours.
Jolie histoire, certes, mais dont on peut se demander ce qui lui vaut d'être l'objet d'une chronique dans un blog consacré au rapport entre l'Homme et la Nature.
Le facteur Cheval a passé sa vie à faire quotidiennement une trentaine de kilomètres à pieds dans la nature pour livrer le courrier à des habitants isolés. En fin de carrière, il avait parcouru plus de 5 fois le tour du monde (sans quitter la Drôme, comme le souligne un des personnages du film), soit environ dix heures par jour au plus près de la nature. Ces longues randonnées ont construit le personnage, et nourri sa création. Et quelle création ! Le palais est juste stupéfiant de créativité et de liberté.
Le réalisateur du film, Nils Tavernier, et ses scénaristes, ont choisi de mettre dans ce pur biopic cette caractéristique du facteur Cheval au cœur de leur histoire, à égalité avec l'histoire d'amour entre un père (plus que) taiseux (Jacques Gamblin, dans l'un de ses meilleurs rôles) et sa fille (Zélie Rihxon, épatante), sous le regard attendri de sa femme (Laetitia Casta, émouvante dans un rôle à contre emploi).
L'incroyable histoire du facteur Cheval nous invite à un voyage à la fois émouvant et surprenant, au plus près d'une nature magnifiée par des paysages splendides, à travers une histoire originale et émouvante dans laquelle la nature joue un véritable rôle, ce qui l'inscrit très nettement dans la tradition du nature writing (filming).

Un joli film, français, denrée somme toute assez rare, au plus près de la nature.

L'incroyable histoire du facteur, un film de Nils Tavernier
Sortie en salle le 16 janvier 2019






Sur ce site, pour les amateurs de récits au plus prés de la nature:






7 décembre 2018

FILM: La Route Sauvage

Un jeune homme un peu perdu se lie d'amitié avec un cheval ...



J'aurais aimé faire une critique plus positive de ce film qui avait tout pour me plaire, mais malheureusement, la photo ci-dessus et l'affiche ci-dessous ne reflètent pas (du tout) le film. Car, contrairement à ce qui est suggéré par ces deux images, La Route Sauvage, Lean On Pete dans son titre original (c'est le nom du cheval), réalisé par Andrew Haig, ne raconte pas l'errance d'un jeune homme et de son cheval dans la nature (cette partie-là dure à peine dix minutes), mais l'errance intérieure et sociale d'un jeune homme perdu, qui accessoirement se lie d'amitié avec un cheval. Le film est loin d'être inintéressant, mais il entre à peine dans le cadre de ce blog, consacré aux rapports entre l'Homme et la Nature. 
Si le film vous tentait de ce point de vue, passez votre chemin.
Sinon, vous passerez un moment plutôt agréable en compagnie de Charlie Plummer (le héros, touchant), Travis Fimmel (LE Ragnar de la série Vikings) en père de famille,  et le toujours formidable Steve Buscemi (pléonasme, je vous l'accorde) en entraîneur véreux. 
Sans oublier, bien sûr, un cheval.

Un faux film sur le rapport entre l'Homme et la Nature. Frustrant.

La Route Sauvage (Lean On Pete), un film de Andrew Haig
Sorti en salle en France en 2017.
Disponible en DVD/BlueRay/VOD





Ce film est inspiré du roman Lean On Pete de Willy Vlautin (que je n'ai pas lu).



Pour les amoureux des chevaux, sur ce site:

FILM, ROMAN, DOC: L'Homme qui murmurait à l'oreille des Chevaux



21 novembre 2018

FILM: La balade de Buster Scruggs

Une demi-douzaine d'histoires courtes se déroulant durant la conquête de l'Ouest, mises en images par les virtuoses frères Coen ...


Drôle de sensation que de découvrir le nouvel opus des frères Coen ailleurs qu'au cinéma, mais après tout, peu importe. Il faut sans doute accepter que le monde change, et que Netflix participe activement à cette évolution, pour ne pas dire à cette révolution.
La Balade de Buster Scruggs est, il faut l'expliquer clairement, un véritable film à sketchs, une succession d'histoires plus ou moins courtes portées par (au moins) deux points communs: elles se déroulent toutes pendant la conquête de l'Ouest, à ciel ouvert, dans des décors sublimes, et elles se terminent toute mal, sans doute pour nous rappeler la violence extrême de cette période de l'histoire nord-américaine. Au programme: des duels dans des rues poussiéreuses, des pendus qui survivent plus ou moins à longtemps à leur funeste destin, des artistes en roulotte qui parcourent les montagnes, un chercheur d'or habité, des pionniers amoureux dans leur chariot perdus au milieu de nulle part ... Les frères Coen abordent ces thématiques classiques de l'Ouest américain pour notre plus grand plaisir. Au fur et à mesure que les histoires s'enchaînent, nous prenons conscience de notre immense privilège de voir ces deux génies du cinéma (j'assume ce propos) se consacrer au western, à leur manière, avec à la fois humour et légèreté, mais aussi violence et sens aigu du tragique, toujours beaucoup de sobriété, et un amour assez inattendu pour les paysages et les belles images. Difficile de ne pas faire le rapprochement avec les recueils de nouvelles de Jack London, qui ont sans aucun doute nourri l'imaginaire des deux réalisateurs à un moment ou à un autre de leur vie. Le casting (James Franco, Liam Neeson, Brendan Gleeson, Tom Waits, pour ne citer que les plus connus) fonctionne, les histoires aussi, et le voyage est jouissif. Avec une mention particulière pour le chapitre Gorge Dorée, véritable œuvre de "nature filming", dans le fond comme dans la forme, dont je ne vous dirais rien de plus pour vous laisser intact le plaisir de le découvrir et de le savourer.

Le très joli cadeau de Noël 2018 des frères Coen. 

La balade de Buster Scruggs, un film de Joel et Ethan Coen
Sortie le 28 Novembre 2018 sur Netflix.






Sur ce site, pour les amoureux des films sur la conquête de l'Ouest:






15 novembre 2018

COURT METRAGE: Overnight Rebirth

Une jeune femme se réfugie dans la nature au bord d'une rivière pour se remettre d'un traumatisme.


Un an après Last Remains, mon nouveau court-métrage.

Attention: Overnight Rebirth est un film contemplatif.
A regarder dans le noir, avec un bon son, et seulement si vous avez un petite demi-heure tranquille devant vous. 

Overnight Rebirth, court métrage de 22' réalisé par P.Yves Touzot
Un film réalisé par P.Yves Touzot. Avec Macha Polivka et Stéphane Grossi.
© NProd 2018

En accès libre sur Viméo.
Lien vers le film




Sur ce site, pour les amateurs de courts-métrage "into the wild":

COURT-METRAGE: Last Remains
COURT METRAGE: Fox and The Wale





11 octobre 2018

FILM: Croc Blanc / White Fang

Les aventures de Croc Blanc, le célèbre chien-loup, dans une adaptation en film d'animation réjouissante.


Il faut l'annoncer clairement, Croc Blanc est une adaptation en animation 3D très réussie du célèbre roman de Jack London, paru aux Etats Unis en 1906 et qui ouvrit les portes de la gloire éternelle à son auteur. Autre satisfaction, cette adaptation est une production française (cocorico !) tant d'un point de vue technique que financier.
Croc Blanc raconte l'histoire d'un chien loup et de sa confrontation au monde des hommes durant la ruée vers l'or de la fin du 19e siecle. Le récit, fidèle au roman, est mené de main de maître par Alexandre Espigares, réalisateur ibéro-luxembourgeois, récompensé en 2014 par l'Oscar du meilleur court-métrage, et dont c'est le premier long-métrage. Sa direction artistique est à la fois stylée et léchée. Les décors et la lumière sont sublimes, les chiens et les loups très réussis, dans un style semi réaliste risqué, mais convaincant. Si les personnages humains sont techniquement moins aboutis, cela ne nuit en rien à l'histoire. De toute façon, la forêt, les montagnes, les lacs, les rivières, le ciel, les loups et les chiens sont ici clairement les personnages principaux. Au-delà de cette réussite visuelle incontestable, la grande prouesse de cette adaptation est d'accepter de prendre son temps, de nous offrir de vraies scènes contemplatives, au plus près de la nature et des animaux, sans dialogues, en été comme en hiver, dans des paysages et des lumières bluffantes pour un film d'animation. A travers cette histoire pourtant par moment violente, le film parvient à s'adresser à la fois au jeune public, tout en offrant une seconde lecture pour des spectateurs plus âgés. Seul bémol, la musique, qui, comme souvent dans les productions actuelles destinées au très grand public, se révèle vite trop présente, voir par moment presque qu'agaçante à force d'insister sur les émotions des personnages. Son utilisation plus mesurée aurait sans doute renforcé notre immersion dans ces incroyables paysages sauvages du Yukon. Malgré cette réserve, l'histoire reste magnifique et le voyage sublime. Et quelques scènes particulièrement émouvantes pourraient même vous arracher une larme ou deux.

Une adaptation réussie du célèbre roman de Jack London. 

Croc Blanc, un film d'animation d'Alexandre Espigares, sorti au cinéma le 28 mars 2018.
Disponible en DVD/BlueRay/VOD, dont un coffret double DVD en compagnie de La Tortue Rouge.




Le roman Croc Blanc de Jack London, ici présenté dans son édition originale, est disponible chez d'innombrables éditeurs.



Sur ce site, pour les amateurs de films d'animation et de bandes dessinées au plus près de la nature:




4 octobre 2018

FILM: Leave No Trace

Un vétéran vit avec sa fille au cœur de la forêt d'un parc national de l'Ouest américain lorsqu'ils sont arrêtés par les Rangers ...


Vétéran traumatisé par la guerre, Will ne parvient plus à vivre au milieu des hommes et impose à sa fille Tom, 16 ans, d'habiter dans un campement de fortune au milieu d'une immense forêt d'un Parc national (Eagle Fern Park dans l'Oregon) pour y adopter un mode de vie d'ascète au plus près de la nature. Malgré leur souci permanent de ne pas se faire repérer par les Rangers (d'où le titre), ils finissent pas être capturés, et ramenés de force à la civilisation. Ils sont alors confiés aux services sociaux locaux qui vont faire de leur mieux pour trouver une solution adaptée à ce duo atypique et sauvage ... Rassurez-vous, l'histoire ne s'achève pas là.  Le film vous réserve de nombreux rebondissements que je vous laisse le plaisir de découvrir.
Inspiré du roman My Abandonment de Peter RockLeave no Trace marque le grand retour de la réalisatrice Debra Granik à la fiction, huit ans après le déjà très réussi Winter's Bone. A mi-chemin entre Into The Wild (pour le refus du père d'accepter de se soumettre au mode de fonctionnement de notre société) et de Captain Fantastic (pour sa volonté d'élever sa fille au plus près de la nature), Leave No Trace est un magnifique film à la fois sur le droit à une vie différente, et sur les rapports père-fille. Ben Foster, dans le rôle du père, est bouleversant d'amour pour sa fille et de souffrances contenues, et Thomasin McKenzie, sa fille, la grande révélation du film, se révèle à la fois émouvante dans le respect des choix de son père, et très convaincante dans sa rébellion en douceur contre cette vie qu'elle n'a pas choisi.
La volonté de sobriété de la réalisatrice, et son choix de tourner dans une forêt primitive froide et humide à hauteur d'homme, sans aucun effet de mise en scène appuyé, permettent au film de rester à la fois crédible, authentique, et véritablement touchant. Alors que l'histoire avance, on se prend comme souvent dans ce genre de récit à craindre d'assister à une fin soit trop violente, soit trop heureuse, mais, comme dans Captain Fantastic, le dénouement, magnifique d'intelligence et d'humanisme, vous arrachera sans doute, comme moi, une ou deux petites larmes. 

Un magnifique film sur le droit à la différence et sur les relations père-fille.
Sans doute le "Nature Film" de l'année. 

Leave no trace, un film de Debra Granik
Sortie en salle en France le 19 septembre 2018



Et donc le roman My Abandonment de Peter Rock dont le film est inspiré, et que je n'ai pas (encore) lu.



Sur ce site, pour les amateurs d'histoire d'ermites et de forêt:

FILM: Captain Fantastic
FILM et ROMAN: Dans la Forêt
DOC: Two Years at Seas



27 septembre 2018

COURT-METRAGE: Last Remains

Un homme seul marche dans la montagne en hiver. Un jour, il retrouve au fond de son sac à dos un vestige se sa vie passée...



Mon court-métrage Last Remains, en accès libre sur Viméo.
Lien vers le film

Attention: Last Remains est un film contemplatif. A regarder dans le noir, avec un bon son, et seulement si vous avez un petit quart d'heure tranquille devant vous. 


Last Remains, un court-métrage réalisé par P.Yves Touzot, avec Swan Demarsan.
© NProd 2017







Sur ce site, pour les amateurs de courts-métrages "into the wild":

COURT METRAGE: Fox and the Wale
COURT METRAGE: Overnight Rebirth