© P.Yves Touzot 2018

5 avril 2020

ROMAN: L'île mystérieuse

Au milieu du 19e siècle, cinq homme et un chien se retrouvent sur une île déserte quelque part dans le pacifique ...


Après des années de lecture de récits d'homme (plus ou moins) seul dans la nature, une lacune inacceptable m'habitait: je ne m'étais jamais aventuré à la découverte l'un des piliers de cette littérature de nature writing, le célèbre l'Ile mystérieuse du non moins célèbre Jules Vernes. Ecrite à la fin du 19e siècle, l'histoire de ces naufragés isolés sur une ile reconnaît de la plume même de son auteur sa filiation directe avec son illustre ancêtre Robinson Crusoé, le roman plus ou moins biographique écrit par Willem Dafoe d'après l'histoire vraie d'Andrew Seerking.
Quelques différences de taille dirigent pourtant l'Ile Mystérieuse dans une tout autre direction.
Tout d'abord, les personnages de Jules Verne ne sont pas seuls. Leur groupe est composé d'un ingénieur, d'un journaliste, d'un marin, d'un Afro-1méricain, d'un jeune appelé, et d'un chien. Ensuite, aucune épave échouée, aucun coffre dérivant, aucun vestige enterré ne viendra aidé nos héros, qui ne devrons compter que sur leur savoir, leur volonté et les richesses de la nature pour survivre.
Au moins dans un premier temps...
A travers le talent de son personnage central, l'ingénieur Cyrus Smith, L'Île mystérieuse est une ode appuyée à la science, à la connaissance, et au génie humains. Pour ce scientifique accompli, rien n'est impossible. Grâce à lui, nos naufragés vont recréer une (mini) civilisation sur cette île perdue au milieu de l'océan Pacifique. Leur histoire est également un hommage aux vertus de l'entraide, de la communauté et de la solidarité. L'île Mystérieuse est également un véritable récit de nature writing, dans lequel la nature joue un rôle central. Car dans leur malchance, nos naufragés ont la chance de s'échouer sur une ile luxueuse, où vit une faune riche et variée, où prospère une flore abondante, une sorte de jardin d'Eden inespéré. Chapitre après chapitre, Jules Vernes y déclare sans ambiguïté possible son amour et son admiration pour Dame Nature.
L'île mystérieuse est également une curiosité dramaturgique, une histoire sans vilain, sans excès de violence, ou tout se passe pour le mieux, un récit dont le seul enjeu est d'admirer sans retenue le génie de ses personnages, l'efficacité sans faille de leur collaboration, et de savourer à chaque page le plaisir de s'immiscer discrètement au sein de leur communauté. Tout cela en réservant à ses lecteurs un formidable twist, un retournement de situation (forcément) ingénieux, et inattendu.
Du grand art.

L'ile mystérieuse, un magnifique roman dans la plus pure tradition du nature writing. A découvrir, ou à redécouvrir.


L'Île mystérieuse, un roman de Jules Vernes.
Première édition en 1875.
Disponible dans de nombreuses éditions.



Quelques adaptations pour le cinéma et la télévision, que je n'ai pas (encore) vues.


Version 1961, un film de Cy Endfield.


Version 1973, un film de Juan Antonio Bardem et Henri Colpi.


Version 2005, un téléfilm réalisé par Russel Mulcahy.

Pour les amateurs de récits épiques, sur ce site :

ROMAN: Terre Lointaine
BD: Un ocean d'Amour
FILM et ROMAN: Légende d'Automne




18 mars 2020

SERIE ANIMATION: Primal

L'amitié improbable entre un homme des cavernes et une femelle tyrannosaure, dans un monde préhistorique cruel et sans pitié ...


Un homme des cavernes voit sa femme et ses deux petits enfants se faire dévorés par un tyrannosaure. Dans sa fuite, le hasard lui fait croiser le chemin d'un tyrannosaure femelle, qui assiste, elle aussi, impuissante à la mort de ses deux petits, dévorés par le même prédateur. Entre eux va naître une jolie histoire de survie et d'amitié... A partir d'un paradigme résolument anachronique, Primal raconte l'histoire de cette improbable amitié entre ces deux personnages, qui vont s'entraider pour survivre dans un monde préhistorique violent et sans pitié. Volontairement sans paroles, radicalement violente, cette série d'animation de cinq épisodes de 26 minutes invite le spectateur à un voyage âpre dans un univers visuel inédit, dans un monde préhistorico-jurassique immersif. Genndy Tartakovsky, le réalisateur, à qui l'on doit entre autres la série animée (très réussie) Starwars Clone War, ne ménage pas son spectateur, alternant avec beaucoup de brio des scènes sanglantes et d'autres plus émouvantes, dans des décors toujours somptueux. A noter que les épisodes de cette série ont été réunis dans une version long-métrage intitulée à juste titre Primal, conte de la sauvagerie.

Apre, stylisé et inédit, une véritable série d'animation de nature-drawing ! 



Primal, série de films d'animation 5*18' réalisée par Genndy Tartakovsky.
Disponible sur la chaine Toonami, ainsi qu'en import DVD / BlueRay.





Sur ce site, pour les amateurs de série:

SERIE: Klondike
SERIE et ROMAN: The Terror
TV SHOW: Man vs wild





5 février 2020

FILM: Jeremiah Johnson

Au milieu du 19e siècle, Jeremiah Johnson, ancien militaire, décide de quitter la violence des villes pour vivre seul dans les montagnes Rocheuses ...


Inspiré de la vie de John Johnson, célèbre homme des bois aussi connu sous le nom de Johnson le mangeur-de-foie, Jeremiah Johnson est un pur produit du cinéma hollywoodien des années 70, un film au propos (contre la guerre du Vietnam) engagé, et à la forme libre et innovatrice. Comme le lieutenant John Dunbar, le héros de Danse Avec les Loups, il raconte l'histoire d'un militaire désabusé qui décide de tout quitter pour aller vivre dans de grands espaces, où il va être amené à entrer en contact avec les populations indiennes. Après des débuts difficiles dus à son inexpérience, Jeremiah Johnson va trouver petit à petit sa place dans ce nouvel environnement, en apprenant à pêcher, à chasser, ou encore à construire des cabanes en rondins de bois. Le destin va l'amener à croiser le chemin d'un jeune orphelin, l'obliger à se marier à une Indienne de la tribu des Nez Plat. Le bonheur de cette improbable famille recomposée ne sera interrompu que par un incident avec des Indiens de la tribu des Corbeaux...
Contrairement à Alejandro Inarritu à travers le parcours d'Hugo Glass, le personnage central d'un des autres mythes de l'Ouest américain, The RevenantSydney Pollack, le réalisateur du film, s'intéresse moins à la volonté farouche de survie de son héros qu'à son errance et à ses rencontres avec les (rares) habitants des montagnes de cette époque. Le rythme est lent, les paysages sublimes sans être artificiellement magnifiés à l'image, les personnages et les situations réalistes, le tout porté par une musique qui ne cherche presque jamais à dramatiser le rapport entre l'homme et la nature.
Pour ce film, Robert Redford, alors à l'apogée de sa carrière après l'immense succès de Butch Cassidy et le Kid, accueille une partie du tournage dans les montagnes Rocheuses de l'Utah, sur ces terres dont il s'est porté acquéreur quelques années plus tôt. Ce film marque également le début d'une fructueuse relation entre le réalisateur et le comédien, une relation sur le long terme qui se traduira par une demi-douzaine de collaborations, dont Nos plus belles annéesLes trois jours du Condor, ou encore Out of Africa.

Un des premiers chefs d'oeuvre du film d'immersion dans la nature. A ranger dans une filmothèque entre Danse avec les Loups et The Revenant.


Jeremiah Johnson, un film réalisé par Sydney Pollack, sorti en 1972.
Disponible en VOD, DVD, BlueRay.



Sur ce site, pour les amoureux de l'Ouest américain:

FILM et ROMAN: Danse avec les loups
ROMAN, FILM et DOC: The Revenant
SERIE: Klondike

6 décembre 2019

ROMAN: Message des Hommes Vrais au monde mutant

Le parcours initiatique d'une américaine dans le bush australien au sein d'une tribu aborigène...



Alors qu'elle travaille depuis des années en Australie auprès de jeunes aborigènes, une Américaine se voit invitée presque de force à une réunion par une tribu aborigène, une réunion qui va se révéler un prétexte pour un walkabout de plusieurs mois dans le bush australien, au coeur de la tribu des Hommes Vrais, à la découverte du monde aborigène. Malo Morgan, l'auteure de ce récit autobiographique, va y vivre une véritable initiation aux coutumes et à la philosophie aborigène, une culture fondée entre autres sur l'absence de notion de possession, sur la communion avec la Nature, et sur une volonté permanente de partage avec l'autre.
Dès sa publication, Message des Hommes Vrais au monde mutant a connu un succès foudroyant partout autour de la planète, sauf en Australie, où il a été victime d'une violente campagne de dénigration remettant en question la véracité de se son propos. Difficile à la lecture du livre de savoir s'il s'agit du récit honnête d'un véritable parcours initiatique, ou d'un roman faussement autobiographique racontant un parcours initiatique fictif, mais pour moi, l'essentiel est ailleurs. À travers ce livre, Marlo Morgan nous convie à un extraordinaire voyage poétique, spirituel et géographique dans le bush australien, à la découverte d'un des plus beaux endroits du monde, à la découverte d'une tribu aborigène réelle ou rêvée dont la vie quotidienne est basée sur le bien-être intérieur, l'équilibre avec le monde extérieur, et l'élévation spirituelle.
Que demander de plus ?

Un des plus beaux récits d'écopoétique j'ai eu l'occasion de lire, et peut-être aussi l'un des plus essentiels. 

Message des Hommes Vrais au monde mutant, un roman/récit de Marlo Morgan
Première parution en 1991.
Disponible en format Poche aux éditions J'ai Lu



Sur ce site, pour les amateurs de rites initiatiques dans la nature:





ESSAI, FILM et BANDE DESSINEE: Dans les forêts de Sibérie

Les six mois de Sylvain Tesson, écrivain voyageur français, dans une cabane sur les bords du lac Baikal en plein hiver sibérien.


En une dizaine d'années, Sylvain Tesson est devenu le porte-drapeau philosophique (et médiatique) des écrivains voyageurs français contemporains, mais aussi un auteur reconnu et loué, comme en témoigne la publication entre autres de Dans les forêts de Sibérie aux prestigieuses éditions NRF de Gallimard. Sylvain Tesson, marcheur infatigable, philosophe érudit, et grand amoureux de la langue française, voyage depuis de vingt ans aux quatre coins de la planète, avec une préférence assumée pour la Russie et ses pays voisins. Parmi ses œuvres, citons parmi mes préférés Petit traité sur l'immensité du Monde (Editions Equateurs, 2005), l'Axe du Loups (Robert Laffont, 2004), ou encore Une très légère oscillation (Editions des Equateurs, 2017). Et bien sûr, Dans les Forêts de Sibérie, à mes yeux son œuvre la plus aboutie.
Dans cet essai, Sylvain Tesson nous raconte ses six mois passés au bord du lac Baïkal, en plein hiver sibérien, dans une cabane digne de celle de Walden. Ce qui me touche chez cet étonnant voyageur n'est pas seulement son aptitude à partager avec nous sa vie quotidienne dans cette forêt du bout du monde, mais le regard qu'il porte sur son environnement, sur le monde en général, et aussi sur lui. Car Sylvain Tesson nous entraîne à la fois au plus près de la nature et au plus profond de ses états d'âme d'être humain, que se soit sur concernant sa propre vie ou son rapport de citoyen du monde sur notre société humaine moderne, ses dysfonctionnements et (parfois) ses espoirs. Sa plume est toujours virtuose, ses propos réfléchis et éloquents, et son authenticité bouleversante. Mais au-delà de la qualité de ses écrits, Sylvain Tesson aime ce contexte particulier d'isolement, les climats rudes, la langue russe, la vodka, la lecture, l'histoire, la géographie, et bien sûr l'écriture. Et il aime partager le tout, que ce soit avec les Russes qu'il croise de temps à autre sur place, ou avec ses lecteurs.
J'ai hésité à terminer cette chronique en oubliant volontairement de mentionner le film Dans les forêts de Sibérie, réalisé par Safy Nebou et sorti en 2016, mais il j'ai finalement décidé d'assumer ma déception, et de tenter de l'expliquer. Ce film, j'aurais voulu l'aimer, le défendre, l'encenser, mais malheureusement, rien ne fonctionne dans cette adaptation cinématographique produite (entre autres) par TF1. Ni le choix de remplacer Sylvain Tesson par un personnage de fiction (un publicitaire parisien en plein burn out), ni la musique (aux consonances parfois maghrébines), ni la fausse solitude du héros (qui n'est jamais vraiment seul dans le film), ni la direction artistique (cet anorak bleu flambant neuf qui le restera jusqu'à la fin)... Restent quelques images magnifiques du lac Baïkal, et deux ou trois scènes intéressantes. Maigre butin pour l'adaptation d'une œuvre aussi riche.

A noter la sortie en cette fin d'année 2019 d'une bande dessinée fidèle au texte original de l'auteur et joliment illustré par Virgile Dureil, aux éditions Casterman.

Un récit autobiographique inspiré et personnel sur la solitude et le rapport aux grands espaces. Essentiel.

Dans les forêts de Sibérie, un essai de Sylvain Tesson. Prix Médicis 2011.
Première publication en 2011 dans la collection NRF des éditions Gallimard, disponible également dans la collection Folio.





Dans les Forêts de Sibérie, une bande dessinée de Virgile Dureuil.
Disponible depuis le 20 Novembre 2019 aux Editions Casterman.


Dans les forêts de Sibérie, un film de Safy Nebbou, sorti en 2016.
Disponible en DVD/BllueRay/VOD.





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30 août 2019

FILM & ROMAN: Légendes d'Automne

Trois frères qui vivent dans un ranch du Montana avec leur père se déchirent par amour pour la jolie Savannah ...



Début du 20e siècle.
Trois frères vivent avec leur père dans un ranch isolé dans les montagnes sauvages du Montana. La vie y est plutôt paisible, jusqu'à ce que le benjamin de la fratrie (Henry Thomas, le copain d'ET, avec quelques années de plus) présente sa fiancée (Julia Ormond, sublime) à sa famille. Le frère cadet (Aidan Quinn, tout en retenu), tombe instantanément amoureux de la jeune femme, qui elle-même tombe instantanément amoureuse de l'ainé (Brad Pitt, tout en force). Le drame est noué, et les conséquences pour cette famille jusque-là unie seront tragiques et cruelles...
Inspiré d'une nouvelle de Jim Harrison, Légende d'Automne s'intéresse à ce triangle amoureux impossible, aux grands espaces de l'Ouest américain, mais aussi à la question de l'intégration des populations indiennes natives, à travers l'amitié qui unit un indien et le père, et leurs deux familles. Comme toujours dans l'œuvre de Jim Harrison, la nature joue un rôle central dans cette saga familiale, une nature magnifiquement mise en valeur par Edward Zwick, le réalisateur du film. Une adaptation cinématographique pour une fois à la hauteur du chef d'oeuvre littéraire dont il s'inspire, même si certains puristes pourront reprocher à Brad Pitt, jeune star montante du moment à cette époque, d'en faire vraiment trop. Le voyage est immersif, dépaysant, et émouvant.
Légendes d'Automne, titre à la fois du recueil de nouvelles et de la troisième histoire du livre, est avec Retour en Terre et Dalva l'une des oeuvres les plus acclamées et les plus populaires de Jim Harrison, auteur américain parmi les plus lus au monde, décédé en 2016 à l'âge de 78 ans, et qui restera comme un des pères du nature writing américain du 20e siècle.

Une très belle nouvelle par un des maitres incontestés du nature writing, et son adaptation cinématographique réussie.

Légendes d'Automne, un film d'Edward Zwick sorti en 1995
Disponible en DVD-BlueRay-VOD





Legendes d'Automne, un roman de Jim Harrisson
Date de publication originale 1978
Disponible dans plusieurs éditions.



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11 février 2019

FILM: Artic

Suite à un accident d'avion, un homme doit survivre seul dans un grand désert glacé ...


Attention: Artic est un film destiné à un public averti, aux véritables amateurs de films de survie.
Ici, pas d'introduction, pas de backstory du personnage principal, pas de flashbacks. Et pendant 1h37, aucun répit. Lorsque le film commence, l'accident à déjà eu lieu, le personnage est livré à lui-même depuis longtemps (et cette durée ne sera jamais précisée) dans un désert de neige glacial plus qu'isolé.  Cette absence totale (et assumée) de romantisme rend le film vraiment âpre, presque trop, sensation renforcée encore par la prestation convaincante de Mads Mikkelsen, comédien danois habitué aux rôles extrêmes (Pusher, Valhalla Rising, Michael Hohlhaas), et qui a déclaré à propos de ce tournage qu'il avait été (et de loin) le plus éprouvant de sa carrière. Dans la bouche d'un tel comédien, cette remarque prend réellement tout son sens. Le réalisateur, Joe Penna, dont c'est le premier film, a tourné durant 19 jours dans des conditions naturelles (et donc extrêmes) en Islande, en plein hiver. Sa réalisation est sobre, discrète, toujours au plus près de son comédien principal. Il ne nous épargne rien, tout en restant toujours très minimaliste dans ses effets. La fin, artificiellement étirée, n'est pas la plus grande réussite de ce film, mais, bien évidemment, ne comptez pas sur moi pour vous la révéler. Pour connaitre le dénouement de cette histoire, il vous faudra survivre comme le personnage principal à ce long voyage à travers l'hivers glacial et la solitude extreme.

Un film âpre et sans concession, une véritable épreuve pour le spectateur, ce qui doit être entendu comme un compliment, au moins par les véritables amateurs de films de survie. 

Artic, un film de Joe Penna
Sortie en salle le 6 février 2019



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13 janvier 2019

ROMAN: Encabanée

Anouk, citadine québécoise, nous raconte ses quelques jours passés dans une cabane isolée en hiver...


Anouk, citadine en résilience, s'isole dans une cabane au milieu d'une forêt en plein hiver, et nous raconte à la fois son quotidien, et ses états d'âme sur notre monde. Le concept commence à être éculé, mais pourtant, une fois de plus, ce joli roman parvient à nous transporter et à nous nourrir. 
Encabanée est un premier roman largement autobiographique puisque l'auteure, Gabrielle Filteau Chiba, québécoise, l'a écrit (plus où moins) dans des conditions similaires à celles qu'elle fait endurer à son héroïne, à savoir un isolement total dans une cabane partiellement délabrée perdue au milieu d'une forêt pétrifiée par l'hiver. 
Au-delà de la qualité évidente de sa prose, de la richesse de ses propos, de la qualité de ses illustrations, l'intérêt de ce roman réside dans le point de vue (pour une fois) féminin qui est porté sur ce genre d'aventure majoritairement masculine. Le refus de la société moderne et l'envie soudaine de se retrouver confronté à la réalité de la nature et de l'hiver d'Anouk, l'héroïne du récit est à n'en pas douter l'alter ego de l'auteur, sont cette fois-ci traités à travers un regard féminin assumé, engagé, parfois un peu désespéré, mais souvent drôle. Ses descriptions de ses affres causées par un hiver Nord canadien sans pitié, et le regard sans concession qu'elle jette sur les aberrations de son ancienne vie, touchent le lecteur page après page.
A la fois véritable récit de nature writing et pamphlet altermondialiste engagé, Encabanée nous dépayse autant qu'il nous émeut. Et lorsque l'on referme ce joli roman, on en vient à se demander si Gabrielle Filteau Chiba n'est pas l'arrière-arrière-arrière-arrière petite fille cachée de Thoreau, ou la petite soeur secrète de Pete Fromm. Et si tel n'est pas le cas, elle en est une digne héritière, de l'un comme de l'autre. Et pour répondre à la question que vous pourriez vous poser: oui, c'est un (très beau) compliment.

Quelques jours dans une cabane, au cœur d'une forêt canadienne, sans partir de chez soi.
Le joli cadeau de nature writing de ce début d'année.


Encabanée, un roman de Gabrielle Filteau Chiba
Disponible aux Editions XYZ
Lien vers le site de l'éditeur




Sur ce site, pour les amateurs d'histoires de retraites solitaires et hivernales dans la nature:

ROMAN: Le Poids de la Neige
BD: Construire un Feu
ESSAI: Le dernier Ermite