© P.Yves Touzot 2018

5 mai 2017

SEUL FACE A LA NATURE / MAN VS WILD (TV show)

Bear Grylls, spécialiste de la survie en milieu naturel hostile, se met volontairement dans des situations périlleuses dans des environnements sauvages extrêmes et nous explique comment survivre.


Alors éteignons tout de suite un incendie qui pour moi n’a pas de raison d’être : oui, Seul face à la Nature (Man vs Wild dans son titre original) est un show télévisé très bien préparé, savamment mis en scène, parfois bidonné, et son animateur vedette Bear Grylls joue les rescapés solitaires alors qu’il est en permanence entouré d’une solide équipe de tournage.
Mais...
En terme à la fois d’aventure humaine et de culture de la survie en milieu naturel hostile, Bear Grylls est notre maître à tous. Chacune de ses émissions propose son lot de leçons de vie, de conseils éclairées et d’astuces ingénieuses pour ceux qui sont concernés par l’immersion en milieu naturel, et au delà par le rapport à la nature. Car malgré l’inévitable construction marketing du show, sa sincérité et son engagement dans ces aventures "into the wild" (ainsi que ceux des membres de son équipe technique) dans les lieux les plus retirés de la planète sont indéniables, et le résultat souvent plus que convainquant. Cet homme est passionné par ce qu’il fait, et il prend un réel plaisir à partager ses connaissances avec nous. Et c’est déjà un très beau cadeau.

Périlleux, extrême, documenté ... et potentiellement utile !

Man vs Wild, un tv show créé par Bear Grylls
8 saisons entre 2006 et 2015 - 72 épisodes - Discovery Channel
Disponible en DVD/BlueRay





Sur ce site, d'autres illuminés :

DOC: Grizzli Man
SITE INTERNET: Jessi Wandering
DOC: Les Pouvoirs Magiques de l'Eau





27 avril 2017

PRINTEMPS, ETE, AUTOMNE, HIVER (Film)

Les relations entre vieux maître zen et jeune disciple, qui vivent dans une cabane en bois flottant au milieu d'un lac isolé dans la forêt ...


Printemps, été, automne ... est vrai film contemplatif, un conte philosophique bouddhiste qui se déroule dans une cabane en bois posée au centre d'un lac perdu au milieu de collines arborées. Un conte, ou plus exactement cinq contes, puisque comme le titre l'indique, le récit est divisé en cinq chapitres qui abordent chacun leur propre thématique. 
Le premier chapitre, Printemps, est consacré à une jolie leçon de vie. Pour s'amuser, le jeune disciple attache une pierre à un poisson, à une grenouille et à un serpent. Pour lui faire comprendre la signification de son geste, le maître lui attache à son tour une pierre à la taille et exige qu'il aille libérer ses victimes avant de se libérer de son propre fardeau... Les cinq contes philosophiques qui composent le récit offrent un enseignement spirituel et philosophique très asiatique, qui nous imprègne autant qu'il imprègne le jeune disciple.  Kim Ki-Duc, le réalisateur sud-coréen, reste durant tout le film dans une ligne épurée et esthétisante qui nous fait entrer dans une transe hypnotique lente et contemplative, pour un long voyage (presque) immobile. La photographie est magnifique, les plans s'installent dans la longueur, les dialogues sont minimalistes, et la nature reste omniprésente à chaque instant. On ressort du film avec la sensation d'avoir pleinement vécu chacune de ces saisons, et avec l'envie d'aller à notre tour profiter de l'apprentissage du maître et de la sérénité de ces lieux propices à la méditation et la quête de spiritualité.  Si certains d'entre vous décident de céder à la tentation, le lac (et sa cabane) se trouve en Corée du Sud, dans la réserve de Jusan, dans la province du Gyeongsansbuk-do. Allez-y, mais gardez l'information pour vous. Il serait regrettable que ce lieu empreint de paix et d'authenticité soit pollué par trop de présence humaine.              

Un magnifique film contemplatif sur la transmission. 

Printemps, été, automne, hiver ... et printemps, un film sud-coréen de Kim Ki-Duc sorti en 2003.
Disponible en DVD/BlueRay/VOD





Sur ce site, pour les amoureux des films contemplatifs:

FILM: La Tortue Rouge
DOC: Two years at Sea
FILM: La Dernière Piste




5 avril 2017

EN SOLITAIRE (Film)

Un marin se voit offrir une ultime chance de participer au Vendée Globe, course autour du monde à la voile en solitaire, sans escale et sans assistance. Alors qu'il fait une halte forcée dans une crique pour réparer son safran, un évènement inattendu va bouleverser le déroulement de sa course ...



Attention, spoiler !
Un film sur la mer, sur la voile, mieux sur le Vendée Globe ! Autant reconnaître que pour l'auteur de Comme un Albatros que je suis (mon second roman qui part du même postulat de départ), l'attente était vraiment grande, sans doute beaucoup trop.
Je me souviens qu'en entrant dans la salle, j'espérais voir un grand film sur la solitude, sur cet univers particulier où des marins partent pour des mois en mer pour un long parcours de 40 000 miles sur tous les océans du monde, seuls sur leur petit monocoque, pour ce qui reste sans doute une des dernières véritables aventures humaines, à une époque où les alpinistes font la queue les jours de beau temps pour gravir l'Everest.
Mais il n'en fut rien. Après à peine dix minutes de films, notre marin solitaire ne l'était déjà plus.
J'espérais alors que le film développerait cette rencontre entre ces deux personnages si différents, que leur relation au cours de ce tour du monde allait se développer, s'intensifier, devenir profonde, surprenante, captivante ...
Encore raté. Ils ne se parlent pas et passent totalement l'un à côté de l'autre.
J'espérais en désespoir de cause pouvoir me raccrocher à une belle aventure humaine au plus près de la nature, en immersion totale au milieu des éléments naturels, le ciel, le vent, l'eau, la faune aquatique ...
Rien de tout ça. La moitié du film se déroule à terre, en France, pour nous raconter les difficultés de la femme du marin avec leur fille, ses difficultés scolaires, ses états d'âme de préadolescente, et ses problèmes de dentiste.
À ce moment-là, vous l'avez compris, le film était proche du naufrage, mais comme tout bon capitaine qui se respecte, je ne voulais pas abandonner le navire en pleine tempête, donc je suis resté jusqu'au bout.
Et j'ai vu un François Cluzet formidable en marin solitaire qui se voit offrir une ultime chance avant la retraite de gagner enfin cette course prestigieuse. J'ai vu des images en mer plutôt réussies, des océans qui m'on fait voyager, et des ciels qui m'ont fait rêver. Et j'ai apprécié (en connaisseur) la volonté du réalisateur-scénariste de faire découvrir le Vendée Globe au grand public à travers une fiction, ce que personne avant lui n'avait essayé de faire. Et je suis sorti de la salle heureux à l'idée qu'il y ait encore aujourd'hui des producteurs français pour faire exister ce genre de film.
Quelques points positifs donc, mais qui ne suffisent pas à faire d'En Solitaire le grand film sur la voile et la mer qu'il aurait pu être.

Une réelle déception. 


En solitaire, un film de Christophe Offenstein, sorti le 6 novembre 2013.
Disponible en DVD/BlueRay/VOD




Pour les amateurs de voile, sur ce site:














16 mars 2017

KLONDIKE (Mini-série)

Etats-Unis, fin XIXe. Deux jeunes diplômés de l'université de Boston décident de tenter leur chance et de se rendre dans le Yukon pour y participer à la ruée vers l'or ...



Pour les amoureux des romans de Jack London (présent en tant que personnage à l'image), de l'histoire américaine et des grands espaces, la série Klondike est un véritable cadeau.
La grande qualité de ce voyage au pays des chercheurs d'or ne réside pas dans son scénario qui, s'il se laisse suivre sans accrocs, aurait mérité davantage d'enjeux, de profondeur et de rebondissements, mais dans l'incroyable reconstitution historique d'une des périodes à la fois les plus populaires et les plus méconnues de l'histoire de l'Amérique. 
La série s'ouvre par une séquence très spectaculaire de traversée de la White Pass, passage obligatoire pour les chercheurs d'or fraichement débarqués de leur bateau pour atteindre le Yukon, la rivière Klondike, Dawson City, et ses champs aurifères. Une fois de l'autre côté du col, un monde sauvage, violent et rarement source d'enrichissement les attendait. Et c'est la que la série prend tout sa signification, en nous montrant à quel point trouver de l'or dans de telles conditions était difficile, voire impossible. 
Une fois sur place, les chercheurs d'or devaient obtenir une concession, trouver du matériel pour l'exploiter,  y travailler jour et nuit pendant les beaux jours avant que l'hiver ne rende le sol trop dur pour être creusé. Ils devaient survivre à la famine, à la maladie, à l'hiver rigoureux et ses températures inhumaines, le tout dans des conditions de vie misérables, au coeur d'une faune humaine violente, isolée du monde civilisé et de ses lois. Et lorsque certains trouvaient de l'or, ce qui arrivait rarement et presque toujours en petites quantités, ils devaient échapper aux sirènes des sociétés privées qui s'enrichissaient sur les souffrances et les malheurs des chercheurs d'or en rachetant leur maigre butin pour une misère. Pour ceux qui parvenaient malgré ces obstacles à quitter la région avec quelques dizaines de grammes dans les poches, le plus dur restait à venir: ils devaient survivre au long voyage de retour vers le monde civilisé, sur des pistes truffées de pilleurs, de voleurs et de charognards. 
Au terme des quelques heures passées en immersion dans le Yukon sauvage de la fin du XIXe à regarder cette série, une évidence s'impose: chercheur d'or n'était pas un métier de tout repos. 

Un travail de reconstitution historique impressionnant pour une histoire qui nous immerge dans la réalité de la ruée vers l'or.  

Klondike, une série 3*90' réalisée par Simon Cellan Jones, produit par Ridley Scott, sortie en 2014.
Disponible en DVD/BlueRay/VOD







Sur ce site:

FILM, DOC et ROMAN: The Revenant
FILM: Le Convoi Sauvage
FILM: La Piste des Géants







13 mars 2017

BD: Sauvage ou la sagesse des Pierres

Suite à la mort de son compagnon de randonnée, une jeune femme se retrouve seule dans une forêt et va faire un voyage mystique et métaphysique au cœur de la nature ...


Sauvage ou la sagesse des Pierres est une (longue) bande dessinée (presque) en noir et blanc qui nous invite à une immersion dans une forêt pour une fable mystique et métaphysique inspirée sur le rapport entre l'homme et la nature. L'héroïne, une jeune femme, voit son compagnon de randonnée mourir devant elle, et va, au sens propre comme au sens figuré se fondre dans la forêt. Durant son errance, elle sera hantée par le souvenir de son compagnon, reflet de sa propre part humaine agonisante. Elle assistera au réveil de sa part animale, et de ses sens depuis longtemps endormis par la vie en société. Elle sera confrontée au monde animal, à travers sa rencontre avec un renard rouge (à n'en pas douter un hommage au Petit Prince), au monde végétal représenté par des séquoias plusieurs fois centenaire, et enfin au monde minéral, à ces pierres annoncées dans le titre, et à leur sagesse.
Au fil des pages, l'auteur, Thomas Gilbert, brasse de nombreux thèmes, mais il nous invite davantage à une transe intérieure qu'à une réflexion structurée, en apportant rarement des réponses aux questions qu'il soulève. Il alterne des passages très lumineux et d'autres beaucoup plus sombres, voir résolument noirs, et il n'épargne rien à son personnage féminin, tant d'un point de vue physique que psychologique. Planches après planche, nous l'accompagnons dans sa quête existentielle, et dans son voyage violent et libératoire au plus proche des éléments naturels. Son histoire, poignante, ne nous lâche pas jusqu'à la dernière page. 
Thomas Gilbert s'offre une grande liberté dans la qualité de ses dessins, parfois très travaillés, d'autres fois plus crayonnés, une disparité qui, lorsque l'on y prête attention, a toujours du sens. Certains, comme moi, pourront être un peu repoussés à la lecture des premières pages par l'âpreté du graphisme, mais le voyage vaut l'effort de passer outre et de se laisser embarquer au cœur de cette forêt, au plus proche des renards, des séquoias, des pierres, de la pluie, du vent, des rivières et des hautes herbes. 

Un voyage au cœur de la nature. Profond et inspiré.

Sauvage ou la Sagesse des Pierres, une bande dessinée de Thomas Gilbert (2016).
Disponible aux Editions Vide Cocagne.



Sur ce site, pour les amoureux des Arbres:






26 février 2017

ROMAN: Rendez-vous avec Rama

2130. Les radars terrestres repèrent un gigantesque vaisseau spatial dans le système solaire qui se dirige vers la Terre. Une équipe de scientifiques part à sa rencontre et découvre à l'intérieur un nouvel écosystème et les traces d'une civilisation disparue...




Rendez-vous avec Rama est avant tout un roman de science-fiction écrit par l'un des maîtres du genre, Arthur C. Clarke, le papa entre autres de 2001: l'odyssée de l'espace. Le vaisseau spatial qui entre dans les système solaire et se dirige droit vers la Terre se révèle être un gigantesque cylindre renfermant un écosystème endormi par le froid, et qui va se réveiller au fur et à mesure que le vaisseau se rapproche du soleil ... La particularité de Rendez-vous avec Rama réside dans la minutie avec laquelle l'auteur s'intéresse à cet écosystème mystérieux. La faune et la flore qui y vivent sont à la fois proches des nôtres, et totalement différentes. Petit à petit, nous découvrons avec les scientifiques de l'expédition les merveilles de Rama, l'occasion d'un voyage documenté et poétique dans une autre nature que la nôtre. Une expérience unique et savoureuse. 

Le mariage réussi de la science-fiction et du nature writing. Unique.

Rendez-vous avec Rama, un roman d'Arthur C. Clarke
Première édition en 1973. Disponible dans de nombreuses éditions.





Le Cycle de Rama:
Rendez-Vous avec Rama (1973)
Rama 2 (1989)
Les Jardins de Rama (1991)
Rama Révélé (1993, avec Gentry Lee)




24 février 2017

ALL IS LOST (Film)

Le combat pour sa survie d'un navigateur solitaire sur un voilier endommagé suite à une collision...




Voir Robert Redfort, (vraiment) seul sur un bateau, sa gueule d’ange burinée par les années, se battre contre l’adversité pendant plus de deux heures, est déjà en soi un vrai moment de cinéma. La mise en scène, époustouflante dans certaines séquences, nous immerge pleinement dans cette lutte pour la survie, ce qui est d'autant plus étonnant lorsque l'on sait qu’un certain nombre de scènes ont été tournées en studio, et truffées d’effet spéciaux invisibles. Pourtant, nous sommes pleinement avec cet homme qui, au crépuscule de sa vie, seul sur son voilier endommagé, refuse de lâcher prise et qui, grâce à son expérience de la mer et son instinct de survie, surmonte les unes après les autres les épreuves que l'océan fait déferler sur lui.

Arrêtez le film trois minutes avant la fin, et vous aurez vu un petit chef d’œuvre.
Choisissez de le voir jusqu’au générique, et vous aurez vu un très bon film.

Un huis clos à un seul personnage à ciel ouvert, iodé et intense.

All is Lost, un film de J.C. Chandler, sorti en 2013.
Disponible en DVD/BlueRay/VOD






Sur ce site, pour les amoureux de la mer:

ROMAN: Comme un Albatros
BD: un Océan d'Amour
ESSAI: La Longue Route


  

9 février 2017

SAISON BRUNE (BD)

Un auteur de bande dessinée décide de consacrer sa prochaine création au réchauffement climatique et nous invite à le suivre dans ses recherches ...




Saison Brune est une bande dessinée engagée qui dresse le bilan écologique de l'état de notre planète, et qui tire le signal d'alarme de manière documentée, pertinente, et constructive, en s'intéressant tout particulièrement au problème des émissions de gaz à effets de serre dans notre atmosphère. Son mode de narration est original. Philippe Squarzoni, son auteur, à la recherche d'un sujet pour sa nouvelle création, décide de s'intéresser au réchauffement climatique. Comme il n'y connait pas grand-chose, il s'engage dans de longues recherches sur le sujet et nous les offre sous forme de carnet de voyage imagé à travers les planches de cette bande dessinée. Le récit s'appuie sur une alternance de chapitres pédagogiques riches en explications scientifiques et en données statistiques, souvent accompagnés de comptes rendus d'entretien avec des spécialistes, avec des parties plus personnelles, plus poétiques, des morceaux choisis de la vie personnelle de l'auteur et de son épouse qui lui permettent de nous faire part de ses (leurs) questionnements et de ses (leurs) états d'âme au fur et à mesure de l'avancée de ses (leurs) recherches. Le procédé fonctionne bien, même s'il ne soulage pas totalement le lecteur de la sensation d'être en face d'une démonstration scientifique un peu didactique et répétitive. La densité des informations transmises dans cette bande dessinée volumineuse (480 pages !) et sa construction par thématiques nous incite vite à la lire par chapitres plutôt que d'une seule traite. Les spécialistes n'y apprendront rien de plus que ce qu'ils savent déjà, les débutants se laisseront sans doute rebuter par l'ampleur de l'œuvre, mais les autres y trouveront de quoi mieux comprendre la situation actuelle et les risques à venir.

Un documentaire sous forme de bande dessinée pour mieux appréhender notre situation écologique. Dense et essentiel. 

Saison Brune, bande dessinée de Philippe Squarzoni (Editions Delcourt, 2012)
Cette bande dessinée a reçu le prix Léon de Rosen de l'Académie Française pour avoir contribué à une meilleur compréhension et à la diffusion de valeurs que recouvre la notion de respect de l'environnement.






















Ceux qui préfèrent l'image vivante au dessin pourront se rabattre sur Une Vérité qui dérange, le documentaire de David Guggenheim (et Al Gore), qui traite du même sujet et pourrait  presque être regardé comme l'adaptation en documentaire de Saison Brune.
Le film est un peu daté (2006), dans sa forme comme dans ses chiffres, mais l'essentiel de son discours est malheureusement toujours d'actualité.

Une vérité qui dérange, documentaire de David Guggenheim, 2006 (1h38)


5 février 2017

THE MOSQUITO COAST (Film)

Un père de famille emmène sa femme et ses quatre enfants au Honduras pour vivre dans un village dans la jungle ...















Captain Fantastic, version années 80 ...
Allie Fox, père de famille, inventeur génial et altermondialiste avant l'heure, décide d'emmener sa petite famille au cœur de la jungle du Honduras pour vivre simplement, au plus près de la nature et des autochtones, loin des affres de la civilisation moderne. Tout se passe bien jusqu'au jour ou la belle aventure vire au cauchemar ...
Contrairement aux apparences, The Mosquito Coast ne raconte pas l'histoire d'une famille qui a décidé de vivre dans la jungle, mais celle d'un père de famille, utopiste et autoritaire, qui oblige femme et enfants à le suivre davantage dans un délire mégalomaniaque que dans une réelle nouvelle expérience de vie. Les qualités, mais aussi les limites de ce film, viennent de ce contre-pied, qui explique sans doute en partie l'échec commercial et critique du film lors de sa sortie. Car tout commence bien pour cette petite famille. Sous les ordres du père de famille et avec l'aide de quelques familles indiennes, ils bâtissent un petit village paradisiaque et ingénieux, mais qui ne suffit pas à la mégalomanie du père, qui décide alors de construire 
une gigantesque usine pour offrir de la glace aux indiens, symbole ultime pour lui de la modernité et du progrès. Il fait alors subir à son royaume les mêmes excès que ceux qu'il reprochait à la société moderne américaine. Et lorsque son rêve s'écroulera, il refusera de renoncer et s'enfermera dans le mensonge pour obliger sa famille à le suivre dans sa folie ...
Le film en lui-même est un peu daté années 80, dans sa mise en scène, dans la gestion de ses personnages et dans sa structure. L'introduction est un peu longue, la fin un peu rapide, mais entre les deux, le récit tient plutôt bien, et l'on prend un réel plaisir à suivre les péripéties de cette drôle de famille. Pourtant, la mère de famille (Helen Mirren, discrète) est d'une passivité gênante, les enfants finalement assez peu mis en valeur, et le film trop exclusivement centré sur le personnage du père, Harrisson Ford, crédible et généreux dans une prestation à oscar à la mode des années 70 originalement destinée à Jack Nicholson. Reste le regard habité du regretté River Phoenix, le fils ainé de la famille, dont le film adopte (plus ou moins) le point de vue, et une bonne heure d'immersion plutôt réussie dans la jungle.

Un film pas totalement abouti, au service d'une histoire qui fonctionne. Inégal mais intéressant.

The Mosquito Coast, un film de Peter Weir sorti en 1987.
D'après le livre éponyme de Paul Théroux (1984).
Disponible en DVD/BlueRay/VOD

 


Sur ce site, pour les amoureux de la culture indienne sud américaine:







23 janvier 2017

SEUL AU MONDE / CAST AWAY (Film)

Un employé de FedEx survit à un crash d'avion dans le Pacifique et se retrouve seul sur une île déserte ...


Inutile d'essayer de le cacher, Seul au Monde est un film hollywoodien, basé sur un scénario huilé et efficace, mais souvent cousu de fil blanc. L'histoire s'ouvre par une longue introduction visant à présenter le héros dans son quotidien protégé et confortable, mais aussi (et surtout) FedEx, célèbre société de livraison à domicile, personnage à part entière du film, et sans doute aussi investisseur conséquent dans son financement. L'épilogue, lui, s'étire un peu trop pour aboutir sur un happy end consensuel à la fois touchant et insupportable.
Pourtant, le film fonctionne, car entre ces deux phases un peu classiques, Seul au Monde offre une bonne heure et demie d'immersion dans une histoire de survie honnête et prenante, portée par une prestation très investie et convaincante de Tom Hanks, sans doute à cette époque à l'apogée de sa carrière. 
Après une incroyable séquence de crash d'avion vue de l'intérieur et une non moins stupéfiante séquence de survie dans une mer déchainée, Chuck Noland, un cadre supérieur de chez FedEx se retrouve seul sur une minuscule île du Pacifique. Au programme, visite de cet ilot du bout du monde, apprentissage de l'allumage de feu, découverte des joies de la pèche, expériences d'ouverture de noix de coco, séance d'auto chirurgie dentaire, et inévitable chantier de construction de radeau.
Si cette réappropriation du mythe de Robinson Crusoé n'est pas toujours originale, elle s'offre tout de même quelques transgressions innovantes. Dans Seul au Monde, point de cabane, de lit ou de table de fabrication artisanale, notre rescapé solitaire se contentant du minimum, à savoir une grotte pour les jours de pluie, et une porte de placard d'avion en guise d'abri pour les journées trop ensoleillées. Petit à petit, la mer rejette sur la plage une collection de paquets (non livrés) FedEx, et nous offre une scène hilarante dans laquelle le héros, comme un enfant un matin de Noël, ouvre les uns après les autres ses cadeaux de fortunes. Certains lui seront précieux dans sa quête de survie, d'autres absurdement inutiles. Vendredi cède sa place à Wilson, un ballon de volley-ball maquillé en visage, qui, véritable exploit, parvient par moment à voler la vedette à Tom Hanks.
Petit à petit, sur ce petit morceau de terre perdu dans l'immensité de l'océan, le temps se dilate, notre héros s'adapte, évolue, souffre, et nous avec lui. Et lorsqu'il quitte enfin sa prison, il nous laisse à la fois soulagés de le voir regagner la civilisation, et frustrés de ne pas rester encore un peu sur cette île du bout du monde.

Une version contemporaine de Robinson Crusoé. Hollywoodien, mais réussi.

Cast Away, un film de Robert Zemeckis, sorti en 2000.
Disponible en DVD/BlueRay/VOD.