Un homme s'installe sur une île avec son fils pour renouer avec la nature, mais les choses ne vont pas se passer aussi bien qu'il l'espérait ...
Sukkwan Island, ou le retour à la nature quand tout se passe mal ... Jim est sincère lorsqu'il impose à son fils de treize ans de l'accompagner sur une petite île isolée du sud de l'Alaska pour vivre au plus près de la nature. Ce père de famille rêve depuis longtemps de ce changement de vie radical, qui doit lui permettre de transmettre à son fils d'autres valeurs que celles proposées par la société actuelle. Son manque de préparation et de lucidité va le ramener très vite à la réalité et les plonger dès leur arrivée sur l'île dans un cauchemar éveillé. La violence de leur confrontation permanente avec le climat, les éléments naturels et la faune locale agira alors comme un révélateur de la noirceur de leurs âmes, et de leur immense fragilité. Malgré leur combat pour survivre à ces épreuves, leur quotidien se dégradera inexorablement. Sukkwan Island est un roman éprouvant, parfois à la limite du soutenable, habité par un coup de théâtre imprévisible, soudain et d'une noirceur infinie à peu près à mi-parcours du récit. Ceux qui, comme moi, fantasment sur le retour à la nature ne sortiront pas indemnes de ce voyage, qui raisonnera comme un avertissement sans frais: aussi belle soit-elle, la nature est sans pitié pour les citadins mal préparés et les âmes fragiles.
Le rapport à la nature, dans sa version obscure. Apre et fascinant.
Sukkwan Island, roman de David Vann (Editions Gallmeister, 2010)
1892. Un capitaine de l'armée américaine est chargé de raccompagner un chef de guerre Cheyenne depuis le Nouveau Mexique jusqu'au Montana...
"The essential American soul is hard, isolate, stoic, and a killer. It has never yet melted." C'est par cette phrase célèbre de D.H. Lawrence que s'ouvre le film Hostiles, et elle en résume clairement le propos: l'Amérique est née dans la violence, et elle ne s'est toujours pas délayée. Un tueur d'indiens est chargé d'escorter un tueur de blancs condamné par la maladie depuis le Montana jusqu'à son Montana natal pour y mourir sur la terre de ses ancêtres. Sur leur long chemin (plus de 1500 kilomètres), ils récupèrent une femme blanche dont les trois enfants et le mari ont été abattus froidement sous ses yeux par des Indiens. Comme on peut l'imaginer, la cohabitation entre ces différents personnages ne va pas être simple. Hostiles nous invite à un long voyage à ciel ouvert dans les paysages de l'Ouest américain, dans un contexte historique violent qui berce le film. La séquence d'ouverture, d'une violence crue, est bouleversante. Elle nous plonge dans un univers où la violence est omniprésente, autant chez les colonisateurs européens qu'entre les différentes tribus indiennes. Aucune communauté n'est épargnée. Pourtant, durant leur lente marche dans la nature, ces deux communautés que tout oppose vont se rencontrer, se découvrir, se comprendre et se respecter. Les thématiques développées dans ce film sont éminemment actuelles: cohabitation entre différentes communautés, individualisme et sens du devoir, condition de la femme, violence et armes à feu. Pendant plus de 2 heures, Scott Cooper, le réalisateur, nous plonge dans une nature à la fois âpre et magnifique, sans jamais chercher l'esthétisme ou la dramatisation. Il filme la forêt, la montagne, les grandes plaines, sous la pluie, sous la neige, sous le soleil, à hauteur d'homme, sobrement. Les images sont à la fois sobres et magnifiques. Cette volonté de simplicité est la marque de fabrique du film, tant d'un point de vue mise en scène que dramaturgique. Christian Bale, dans un de ses meilleurs rôles (et il commence à y avoir beaucoup), interprète le capitaine yankee avec intensité et intériorité. Difficile de comprendre comment les Oscars ont pu passer à côté de cette très belle prestation. Rosamund Pike, bouleversante dans plusieurs registres, confirme son incroyable talent, et sa singularité. Enfin Wes Studi et les autres comédiens d'origine indienne, sont sobres et profonds. Hostiles est un film dans la lignée de Danse avec les Loups et de l'Assassinat de Jesse James. Il mérite vraiment d'être savouré dans une salle de cinéma.
Un grand film, dans le fond comme dans la forme.
Hostiles, un film de Scott Cooper sorti en mars 2018. Disponible en DVD/BlueRay/VOD.
Sur ce site, pour les amoureux des westerns contemporains:
Quatre randonneurs se perdent dans une mystérieuse forêt suédoise ...
Quatre hommes se retrouvent pour un long trek dans la nature entre la Suède et la Norvège, pour tenter de se remettre de la mort accidentelle d'un ami commun. Lorsque l'un d'entre eux se blesse, ils décident de prendre un raccourci à travers une forêt pour rallier au plus vite le prochain refuge. Petit à petit, cette forêt va se révéler habitée par une étrange créature... Le Rituel, réalisé par David Bruckner, disponible uniquement sur Netflix, est un véritable film de genre, un shoot them up oppressant, une série B qui fonctionne vraiment bien. Au programme, suspens, stress, sursauts et cris d'horreur. Mais au delà de ces qualités cinématographiques, l'intérêt de ce film est de nous immerger pleinement dans la nature. Après une courte introduction (5 minutes à peine), nous sommes en immersion totale avec ces quatre citadins bien loin de leur zone de confort, pour presque deux heures à ciel ouvert dans cette forêt suédoise sublime, magnifiée par une mise en scène et une direction artistique toujours élégante, ce qui n'est pas si fréquent. Certes, l'histoire est plutôt classique, l'évolution des relations entre les personnages un peu conventionnelle, mais la tension face à cette étrange forêt est de plus en plus palpable au fur et à mesure que l'histoire avance. Le dernier quart heure du film nous offre un dénouement à la Délivrance de John Boorman un peu grand guignolesque mais cohérent et efficace. Attention: pour ceux qui ont déjà un peu peur de la forêt, ce film pourrait se révéler définitivement rédhibitoire... A ne pas voir une veille de départ !
Deux heures de stress dans un cadre sublime. Pour les amateurs du genre.
The Ritual, un film de David Bruckner sorti en 2017 Disponible sur Netflix et en VOD.
Des scientifiques essayent d'apprendre l'anglais à un couple de dauphins...
Robert Merle (1908-2004) est un auteur français un peu oublié, qui a pourtant obtenu le prix Goncourt en 1949 pour Weekend à Zuydcoote, et dont les œuvres les plus marquantes sont La mort est mon métier (1952), L'île (1962), Malevil (1972), et, bien sûr, Un animal doué de raison, publié en 1967. Ce roman paru en pleine Guerre froide s'inspire des travaux réels de John Cunnigham Lilly sur la communication entre les Hommes et les dauphins, des recherches financées à l'époque (les années 60) par la Navy.
Un animal doué de raison raconte donc les travaux du professeur (fictif) Sevilla et de son équipe, qui essayent d'apprendre à un couple de Dauphins, Bi et Fa, à parler anglais, pour pouvoir communiquer avec eux. Lorsque les scientifiques découvrent que la CIA a pour objectif de couler un navire américain en utilisant les dauphins comme porteurs de mines et d'accuser l'Union Soviétique pour déclencher une nouvelle guerre mondiale, ils vont tous faire pour sauver les dauphins, et la planète d'un nouveau conflit généralisé. Le livre, très documenté, est passionnant, même si les changements d'effets de styles chers à Robert Merle en alourdissent parfois la lecture, d'autant plus que le récit est ancré dans une époque depuis longtemps révolue. Mais la volonté de l'auteur de traiter cette histoire comme un documentaire en nous plongeant dans un univers inexploré à la fois réaliste d'un point de vue scientifique et légèrement fantastique rend le récit passionnant. Nous sommes au plus près des dauphins, et les expériences scientifiques inspirées de faits réelles se révèlent souvent passionnantes. Un bel exercice de nature-writing, presque gâché à mi-parcours par une intrigue un peu artificielle sous fond d'espionnage international.
L'adaptation cinématographique, Le Jour du Dauphin, réalisée par Mike Nichols, bien que globalement fidèle au récit initial,s'offre quelques libertés. Le film oublie le complot de la CIA et le remplace par un groupuscule visant à assassiner le président des Etats Unis en faisant exploser son yacht. La facture de ce film des années 70 a pris un coup de vieux. L'esthétique choisie par le réalisateur et surtout le format 90' appauvrissent le propos et prive le scénario de la dimension poétique du roman. Le film offre malgré tout quelques scènes sincères et touchantes sur le rapport entre les hommes et les dauphins, sur leur base de travail perdue dans une île paradisiaque du Pacifique, des scènes à la fois peu kitchs et assez uniques dans les annales du 7ème art.
Un voyage dans un univers original, un peu daté mais pittoresque.
Un animal doué de raison, un roman de Robert Merle
Première parution en 1967 aux Editions Gallimard
Disponible dans de nombreuses éditions.
Le jour du Dauphin, un film de Mike Nichols sorti en 1973.
Un homme et son chien, seuls dans le froid extrême du Klondike à l'époque de la ruée vers l'or...
Inspiré d'une nouvelle de Jack London, Construire un feu est un huis clos à deux dans le froid glacial de l'Alaska. La déambulation de cet homme et de son chien au milieu de la nature endormie par l'hiver, sobre et dépouillée, rythmée par la voix off du narrateur, nous rappelle l'importance du feu dans les conditions extrêmes. Portée par des dessins âpres et presque monochromes, il nous invite à une marche funeste loin de tout en parvenant à nous faire ressentir le froid même assis au chaud au coin de notre cheminée.
Simple et immersif.
Construire un feu, une bande dessinée de Christophe Chabouté, première édition en 2007.
Disponible dans la collection Vent d'Ouest des éditions Glénat (2016).
Un guide et ses trois touristes se perdent dans une jungle sauvage sud-américaine.
Trois jeunes routards s'offrent les services d'un guide pour découvrir la forêt sauvage sud-américaine et ses mystérieuses tribus indiennes. Et bien sûr, les choses ne se passent pas comme prévu. Le groupe se scinde en deux, puis encore en deux, et notre héros se retrouve seul, pour une longue période d'errance et de survie dans la jungle... Adapté du roman Back from Tuichi: the Harrowing Life-and-Death Story of Survival in the Amazon Rainforest, écrit par Yossi Ghinsberg qui nous raconte sa propre histoire, Jungle est un film honnête, crédible et plutôt âpre pour une production hollywoodienne. Dans le rôle principal, Daniel Radcliffe, Harry Potter himself, nous offre une performance dite "à Oscar" plutôt crédible, avec amaigrissement extrême et maquillage excessif. Oui, c'est vrai, le film aurait gagné a être plus lent, plus spirituel, plus habitué, plus silencieux aussi. L'histoire comme son traitement restent très classiques, très grand public, mais Jungle se montre suffisamment authentique et engagé pour rester crédible du début à la fin sans jamais devenir ennuyeux, ce qui est déjà beaucoup. Et les paysages du Mont Tamborine dans le Queensland en Australie et du Parc National Madidi en Bolivie qui ont accueilli le tournage combleront les amateurs de paysages sauvages.
Un voyage plutôt authentique au cœur de la jungle sud américaine.
Jungle, un film de Greg McLean, sortie en 2017 Disponible en DVD/VOD/BlueRay
Sur ce site, pour les amateurs de survie en milieu naturel hostile:
Suite à une rupture amoureuse et au décès de sa mère, une jeune femme en souffrance plaque tout pour se lancer dans une longue randonnée dans l'Ouest américain...
Oui, il faut le reconnaitre, Wild est avant tout une incroyable publicité pour le Pacific Crest Trail, un chemin de randonnée qui longe l'océan pacifique depuis l'intérieur des terres entre le Mexique et le Canada. Le Pacific Crest Trail, le PCT pour les initiés, est à l'Amérique du Nord ce que le chemin de Compostelle est à l'Europe, dans une version américaine forcément plus longue, plus éprouvante, plus spectaculaire, et parfaitement laïque. Au programme, 4200 kilomètres (entre quatre et six mois de marche selon le rythme de chacun) à travers le désert californien, les hauts sommets de la Sierra Nevada, les plaines de l'Oregon et les forêts humides de l'état de Washington, à travers une bonne demi-douzaine de parcs nationaux. Avec pour ceux qui parviennent au bout de leur peine, le titre de thru-hikers, l'équivalent d'une Palme d'Or à Cannes dans le milieu de la randonnée. Inspiré de la véritable histoire de Cheryl Strayed, et basé sur son propre récit, Wild est un film de randonnée entrecoupé ça et là de flashbacks narrants les traumatismes passés de son héroïne. Si l'écriture de ce drama est parfois cousue de fil blanc et souvent attendu, l'intérêt du film est ailleurs. Reese Whisterpoon, à la fois comédienne principale et productrice du film, est suffisamment investie dans son personnage pour le rendre crédible et touchant, et donc nous donner envie de marcher avec elle. Les déboires de cette jeune femme inexpérimentée découvrant les rudiments de la randonnée en autonomie, sont souvent justes et drôles, et la rendent encore plus attachante. C'est donc avec plaisir et empathie que nous la suivons durant plus de deux heures sur les chemins du PCT, dans des paysages variés et toujours sublimes. Et la magie opère. La quête de purification intérieure de Cheryl devient la nôtre, et lorsque qu'elle trouve enfin sa rédemption tant attendue, nous, spectateurs concernés, n'avons plus qu'une seule envie: prendre un billet d'avion pour la Californie pour marcher à notre tour sur cet incroyable chemin de randonnée.
Un parcours initiatique dans la nature sauvage de l'Ouest américain. Wild, un film de Jean Marc Vallée, sorti en 2014 Disponible en DVD/BlueRay/VOD
Sur ce site, pour les amoureux de randonnées dans les grands espaces:
Suite à un chavirage dans le Pacifique, quatre hommes vont survivre sur l'épave retournée de leur trimaran pendant 119 jours.
Le postulat de départ de 119 jours, les survivants de l'Océan (Abandoned dans son titre original) est simple: un skipper embarque avec trois invités inexpérimentés à bord de la Rose Noëlle, un petit trimaran jaune et bleu, pour une croisière entre amis entre la Nouvelle-Zélande et les îles Tonga. Après avoir essuyé une violente tempête, leur voilier est retourné par une lame de fond et se retrouve ... à l'envers. Sans radio, ils vont devoir survivre en attendant d'hypothétiques secours. Et leur périple va durer 119 jours. Adapté du roman The Spirit of Rose Noëlle de John Glennie, lui-même (plus ou moins) inspiré d'une histoire vraie, le film nous invite à partager le quotidien de ces quatre naufragés, en s'intéressant à la fois aux relations humaines à l'intérieur du groupe, et à leur ingéniosité en matière de survie. La grande force du film réside dans la sobriété de son écriture et de sa mise en scène. Le scénario ne tente jamais de surenchérir les enjeux, qu'ils soient humains et dramaturgiques. Il se contente de nous embarquer à bord du trimaran (retourné), au plus près des naufragés. La majorité du film se déroule donc à bord de la Marie-Noelle, ou nous partageons donc la vie de quatre personnages bien différents: un skipper habité, un caractériel impulsif et parfois violent, un sexagénaire apeuré, et un cuisinier qui jouera le rôle de conciliateur (interprété par Dominique Purcell, le frère ainé du héros de Prison Break, plutôt à son avantage). Les scènes à terre consacrées aux réactions des familles sont justes, sobres, et utilisées avec parcimonie, et elles nous sortent à peine de l'histoire principale. La fin, sobre et inattendue, fait entrer le film dans une problématique nouvelle, que je ne dévoilerais pas pour préserver le plaisir des futurs spectateurs, mais qui clôture de belle manière cette intéressante histoire de survie en mer. Sobre, authentique et immersif. À ranger dans une vidéothèque entre All is Lost et En Solitaire.
119 jours, les survivants de l'Océan (Abandoned), un film de John Laing, sorti en VOD en juin 2016. Disponible seulement en VOD et en DVD/BlueRay en import.
Suite à un concours de circonstances favorable, Gwenn, jeune préparateur inexpérimenté, se retrouve au départ d'une course autour du monde en solitaire, sans assistance, et sans escale ...
Comme un Albatros, mon second roman, paru en 2012 aux Editions la Découvrance, est un hommage assumé à Bernard Moitessier, un récit qui revisite à la fois son histoire lors du Golden Globe Challenge et revient en l'actualisant sur son regard sur le monde. Un article écrit par un blogger lors de sa sortie:
Edifiant, à coup sûr dépaysant, un brin monotone aussi… Un
beau récit que je recommande à tous ceux qui rêvent d'océan, de solitude et de
dépassement de soi…
L’histoire débute in medias res, coïncidant avec le
début de la course, un tour du monde à la voile en solitaire. Le jeune Gwen
manque d’expérience, mais un coup du sort lui a permis d’embarquer à bord d’AGA
face à des skippers plus aguerris. D’abord « compétiteur », Gwen
prend peu à peu conscience de la beauté et de la vulnérabilité de la
nature ; alors qu’il fait son petit bout de chemin avec ténacité mais
lucidité, espérant, si ce n’est obtenir un bon classement, du moins terminer la
course, certaines réalités écologiques commencent à se dessiner et ce
faisant, à modifier le regard du jeune homme sur le monde.
Un récit qui fait rimer navigation et initiation : Gwen
ressort grandi de cette expérience forte et surhumaine. Bien que je ne
connaisse absolument rien à cet univers, j’avoue être fascinée par ces
passionnés prêts à s’isoler du reste du monde pendant des mois, à lutter contre
les éléments, à transcender leur humanité. Ce fut un plaisir de partager,
l’espace de 181 pages, le quotidien atypique de Gwen : méthodes de
navigation, phases de repos strictement délimitées, communication avec le
continent… Un quotidien austère, parfois inconfortable, avec une température en
cabine qui chute parfois à 8°C. Sans parler bien sûr, de la rencontre avec l’albatros,
qui va infléchir – dans tous les sens du terme – le parcours du jeune skipper.
A la fois récit d’aventure, journal de bord et document
écologique, un texte mené à la première personne qui a un indéniable parfum
d’authenticité… Il me manque peut-être un petit quelque chose pour
estampiller cette lecture d’un coup de cœur ; peut-être plus de relief, de
passion dans l’écriture et plus d’intimisme. Le protagoniste nous reste assez
longtemps « inconnu », distant, bien que le lecteur soit seul avec
lui à bord d'AGA ; il lui faut beaucoup de temps pour dévoiler un peu son
histoire…
Comme un Albatros, un roman paru en 2012 aux Editions la Découvrance. Disponible uniquement via son auteur (py.touzot@free.fr)