Un pêcheur breton se perd en mer et vit une incroyable aventure humaine et maritime, pendant que sa femme désespérée part à sa recherche...
Un Océan d’Amour raconte à la fois une formidable histoire
d’amour entre un pêcheur et une cuisinière bretons, et un voyage homérien à
bord d’une vieille barquasse de pêcheur perdue sur l’immensité de l’océan. Le
récit s’articule autour de deux histoires parallèles, celle d’un marin perdu qui
cherche comme Ulysse à rentrer chez lui, et celle d’une femme prête à prendre comme Pénélope tous les
risques pour retrouver celui qu’elle aime. Le périple du pêcheur permet à ses auteurs de dresser un
état des lieux alarmant de l’état actuel des océans, avec un mélange de
militantisme et de poésie très proche de celui de mon roman Comme un Albatros.
L’aventure de sa compagne nous entraîne dans un romance sentimentale à travers
le voyage d’une femme dans un monde éloigné du sien. L'audacieux parti pris de raconter cette histoire uniquement par l'image (c'est à dire sans dialogues) renforce encore la poésie et l'humanisme qui habite
chaque case de ce petit chef d’œuvre de la bande dessinée.
Une formidable odyssée poétique sur la mer et l'amour ... Un Océan d'Amour, bande dessinée de Wilfrid Lupano et Grégory Panaccione (Delcourt, 2014)
1847. Deux navires et leurs équipages à la recherche du passage du nord ouest sont bloqués dans les glaces de l'Arctique...
1847. Deux navires, le HMS The Terror et son sister-ship le HMS Erebus, partent à la recherche du mystique passage du nord-ouest lorsqu'ils sont pris par les glaces et obligés de passer l'hiver sur place. Pour les deux équipages, une grosse centaine d'hommes au total, la vie quotidienne s'organise dans des conditions extrêmes pendant qu'une étrange créature rode sur la banquise ... The Terror, série américaine en dix épisodes créée par David Kajganicj et Soo Hug, est une adaptation plutôt fidèle (m'a-t-on dit) du roman Terreur de Dan Simons, lui même inspiré de faits historiques réels, ces deux navires de la marine britannique ayant vraiment disparus au milieu du 19e siècle. Dans les deux rôles principaux, nous retrouvons des habitués des séries télévisuelles ambitieuses, les charismatiques Jared Harris (capitaine Francis Crozier) et Ciaran Hinds (capitaine John Franklin) dans des prestations haut de gamme, entourés de nombreux seconds rôles formidables, parmi lesquels Paul Ready (le docteur Goodsir), Adam Nagaitis (le renégat Cornelius Hickey) et Tobias Menzies (le lieutenant James Fitzjames). L'immense qualité de cette série est de nous plonger pendant plus de dix heures dans un environnement plus qu'hostile, sans aucun répit, c'est à dire sans presque aucun retour au monde civilisé. Le résultat est que, pour une fois, nous sommes réellement en immersion au plus près de la nature, à savoir sur une banquise en plein hiver Arctique. La direction artistique est réaliste tout en restant élégante, le scénario, intense et plus riche qu'il aurait pu l'être dans une telle arène. Et rien ne nous épargné de la souffrance de ces hommes perdus au bout du monde. Les visages sont marqués, les corps maltraités, les peaux abimées, et les âmes soumises à rude épreuve. Ce ton volontairement sans concession tient jusqu'à la fin, ce qui est suffisamment rare pour être loué. Au fil des épisodes se dessinent à la fois un formidable thriller et un passionnant témoignage sur une époque aujourd'hui révolue, une époque où certains endroits du globe restaient encore à découvrir, où courage, risque et danger signifiaient encore quelque chose pour ces explorateurs qui s'embarquaient pour de longues expéditions à l'issue incertaine, avec un matériel rudimentaire et aucune manière de communiquer avec le monde civilisé. Certains partaient pour l'argent, d'autres pour fuir la justice, ou encore pour trouver la gloire et atteindre la postérité, mais tous étaient pleinement conscients des dangers qu'ils encouraient, et tous étaient prêt à payer le prix fort pour en être. Leur histoire de survie sur cette banquise perdue au nord du Nord est dure comme la glace, âpre comme l'hiver arctique, sombre comme ces régions où le soleil parfois ne se lève plus. Les deux derniers épisodes, à la limite du soutenable, vont au bout du propos de la série: la nature sait se montrer sans pitié.
Apre, dur et immersif, un voyage à la fois géographique, temporel et humain au bout du monde.
The Terror, série 10*52' diffusée en 2018, créée par David Kajganicj et Soo Hugh. Diffusion AMC et Amazon Prime Vidéo en France. Et bientôt en DVD/BlueRay/VOD
Bande annonce:
Terreur, un roman de Dans Simmons publié en 2007. Version française parue en 2008 aux Editions Robert Laffont. Disponible également en format de poche.
Sur ce site, pour les amateurs de conditions extrêmes:
L'enfance d'un jeune passionné de montagne à la fin des années 60.
Ailefroide est l'histoire autobiographique de l'enfance de Jean Marc Rochette, l'auteur entre autres du Transperceneige, écrite à quatre mains avec son scénariste Olivier Bocquet, qui avait déjà collaboré avec lui sur le scénario de Terminus, le troisième opus des aventures de ce train qui parcourt sans cesse notre monde pris dans un hiver sans fin. Ailefroide raconte l'histoire d'un coup de foudre, celui d'un jeune adolescent et de la montagne, dans le magnifique décor du parc national des Écrins, à la fin des années 60. Pendant plus de deux cents pages, Rochette (et Bocquet) nous raconte son enfance et nous immerge en haute montagne, pour de longues cordées dans des falaises abruptes ou dans des couloirs de glace vertigineux, des bivouacs en haute altitude à la belle étoile, des descentes frénétiques en ramasse sur des pierriers, à travers de nombreuses courses en haute montagne. Car le héros, 14 ans au début du roman, a décidé de devenir guide, et pour y parvenir, il doit enrichir son palmarès. Ce très beau roman graphique nous invite à un réel voyage en montagne, au plus près de la nature, et nous offre à la fois de l'aventure, de belles histoires d'amitié, et un témoignage sur une autre époque, aujourd'hui révolue, à travers un graphisme simple et épuré qui ne prend jamais le pas sur l'histoire, une histoire qui reste de la première la dernière page sobre et touchante. Si la fin du roman est plus grave, elle nous rappelle que si la montagne offre un terrain de jeu sublime aux grimpeurs, elle reste un endroit sauvage où la moindre erreur peut se payer au prix fort.
Une magnifique déclaration d'amour à la montagne. Ailefroide, une bande dessinée de Jean-Marc Rochette, scénario Jean-Marc Rochette et Olivier Bocquet. Paru en 2018. Disponible aux Editions Casterman.
Un homme s'installe sur une île avec son fils pour renouer avec la nature, mais les choses ne vont pas se passer aussi bien qu'il l'espérait ...
Sukkwan Island, ou le retour à la nature quand tout se passe mal ... Jim est sincère lorsqu'il impose à son fils de treize ans de l'accompagner sur une petite île isolée du sud de l'Alaska pour vivre au plus près de la nature. Ce père de famille rêve depuis longtemps de ce changement de vie radical, qui doit lui permettre de transmettre à son fils d'autres valeurs que celles proposées par la société actuelle. Son manque de préparation et de lucidité va le ramener très vite à la réalité et les plonger dès leur arrivée sur l'île dans un cauchemar éveillé. La violence de leur confrontation permanente avec le climat, les éléments naturels et la faune locale agira alors comme un révélateur de la noirceur de leurs âmes, et de leur immense fragilité. Malgré leur combat pour survivre à ces épreuves, leur quotidien se dégradera inexorablement. Sukkwan Island est un roman éprouvant, parfois à la limite du soutenable, habité par un coup de théâtre imprévisible, soudain et d'une noirceur infinie à peu près à mi-parcours du récit. Ceux qui, comme moi, fantasment sur le retour à la nature ne sortiront pas indemnes de ce voyage, qui raisonnera comme un avertissement sans frais: aussi belle soit-elle, la nature est sans pitié pour les citadins mal préparés et les âmes fragiles.
Le rapport à la nature, dans sa version obscure. Apre et fascinant.
Sukkwan Island, roman de David Vann (Editions Gallmeister, 2010)
1892. Un capitaine de l'armée américaine est chargé de raccompagner un chef de guerre Cheyenne depuis le Nouveau Mexique jusqu'au Montana...
"The essential American soul is hard, isolate, stoic, and a killer. It has never yet melted." C'est par cette phrase célèbre de D.H. Lawrence que s'ouvre le film Hostiles, et elle en résume clairement le propos: l'Amérique est née dans la violence, et elle ne s'est toujours pas délayée. Un tueur d'indiens est chargé d'escorter un tueur de blancs condamné par la maladie depuis le Montana jusqu'à son Montana natal pour y mourir sur la terre de ses ancêtres. Sur leur long chemin (plus de 1500 kilomètres), ils récupèrent une femme blanche dont les trois enfants et le mari ont été abattus froidement sous ses yeux par des Indiens. Comme on peut l'imaginer, la cohabitation entre ces différents personnages ne va pas être simple. Hostiles nous invite à un long voyage à ciel ouvert dans les paysages de l'Ouest américain, dans un contexte historique violent qui berce le film. La séquence d'ouverture, d'une violence crue, est bouleversante. Elle nous plonge dans un univers où la violence est omniprésente, autant chez les colonisateurs européens qu'entre les différentes tribus indiennes. Aucune communauté n'est épargnée. Pourtant, durant leur lente marche dans la nature, ces deux communautés que tout oppose vont se rencontrer, se découvrir, se comprendre et se respecter. Les thématiques développées dans ce film sont éminemment actuelles: cohabitation entre différentes communautés, individualisme et sens du devoir, condition de la femme, violence et armes à feu. Pendant plus de 2 heures, Scott Cooper, le réalisateur, nous plonge dans une nature à la fois âpre et magnifique, sans jamais chercher l'esthétisme ou la dramatisation. Il filme la forêt, la montagne, les grandes plaines, sous la pluie, sous la neige, sous le soleil, à hauteur d'homme, sobrement. Les images sont à la fois sobres et magnifiques. Cette volonté de simplicité est la marque de fabrique du film, tant d'un point de vue mise en scène que dramaturgique. Christian Bale, dans un de ses meilleurs rôles (et il commence à y avoir beaucoup), interprète le capitaine yankee avec intensité et intériorité. Difficile de comprendre comment les Oscars ont pu passer à côté de cette très belle prestation. Rosamund Pike, bouleversante dans plusieurs registres, confirme son incroyable talent, et sa singularité. Enfin Wes Studi et les autres comédiens d'origine indienne, sont sobres et profonds. Hostiles est un film dans la lignée de Danse avec les Loups et de l'Assassinat de Jesse James. Il mérite vraiment d'être savouré dans une salle de cinéma.
Un grand film, dans le fond comme dans la forme.
Hostiles, un film de Scott Cooper sorti en mars 2018. Disponible en DVD/BlueRay/VOD.
Sur ce site, pour les amoureux des westerns contemporains:
Quatre randonneurs se perdent dans une mystérieuse forêt suédoise ...
Quatre hommes se retrouvent pour un long trek dans la nature entre la Suède et la Norvège, pour tenter de se remettre de la mort accidentelle d'un ami commun. Lorsque l'un d'entre eux se blesse, ils décident de prendre un raccourci à travers une forêt pour rallier au plus vite le prochain refuge. Petit à petit, cette forêt va se révéler habitée par une étrange créature... Le Rituel, réalisé par David Bruckner, disponible uniquement sur Netflix, est un véritable film de genre, un shoot them up oppressant, une série B qui fonctionne vraiment bien. Au programme, suspens, stress, sursauts et cris d'horreur. Mais au delà de ces qualités cinématographiques, l'intérêt de ce film est de nous immerger pleinement dans la nature. Après une courte introduction (5 minutes à peine), nous sommes en immersion totale avec ces quatre citadins bien loin de leur zone de confort, pour presque deux heures à ciel ouvert dans cette forêt suédoise sublime, magnifiée par une mise en scène et une direction artistique toujours élégante, ce qui n'est pas si fréquent. Certes, l'histoire est plutôt classique, l'évolution des relations entre les personnages un peu conventionnelle, mais la tension face à cette étrange forêt est de plus en plus palpable au fur et à mesure que l'histoire avance. Le dernier quart heure du film nous offre un dénouement à la Délivrance de John Boorman un peu grand guignolesque mais cohérent et efficace. Attention: pour ceux qui ont déjà un peu peur de la forêt, ce film pourrait se révéler définitivement rédhibitoire... A ne pas voir une veille de départ !
Deux heures de stress dans un cadre sublime. Pour les amateurs du genre.
The Ritual, un film de David Bruckner sorti en 2017 Disponible sur Netflix et en VOD.
Des scientifiques essayent d'apprendre l'anglais à un couple de dauphins...
Robert Merle (1908-2004) est un auteur français un peu oublié, qui a pourtant obtenu le prix Goncourt en 1949 pour Weekend à Zuydcoote, et dont les œuvres les plus marquantes sont La mort est mon métier (1952), L'île (1962), Malevil (1972), et, bien sûr, Un animal doué de raison, publié en 1967. Ce roman paru en pleine Guerre froide s'inspire des travaux réels de John Cunnigham Lilly sur la communication entre les Hommes et les dauphins, des recherches financées à l'époque (les années 60) par la Navy.
Un animal doué de raison raconte donc les travaux du professeur (fictif) Sevilla et de son équipe, qui essayent d'apprendre à un couple de Dauphins, Bi et Fa, à parler anglais, pour pouvoir communiquer avec eux. Lorsque les scientifiques découvrent que la CIA a pour objectif de couler un navire américain en utilisant les dauphins comme porteurs de mines et d'accuser l'Union Soviétique pour déclencher une nouvelle guerre mondiale, ils vont tous faire pour sauver les dauphins, et la planète d'un nouveau conflit généralisé. Le livre, très documenté, est passionnant, même si les changements d'effets de styles chers à Robert Merle en alourdissent parfois la lecture, d'autant plus que le récit est ancré dans une époque depuis longtemps révolue. Mais la volonté de l'auteur de traiter cette histoire comme un documentaire en nous plongeant dans un univers inexploré à la fois réaliste d'un point de vue scientifique et légèrement fantastique rend le récit passionnant. Nous sommes au plus près des dauphins, et les expériences scientifiques inspirées de faits réelles se révèlent souvent passionnantes. Un bel exercice de nature-writing, presque gâché à mi-parcours par une intrigue un peu artificielle sous fond d'espionnage international.
L'adaptation cinématographique, Le Jour du Dauphin, réalisée par Mike Nichols, bien que globalement fidèle au récit initial,s'offre quelques libertés. Le film oublie le complot de la CIA et le remplace par un groupuscule visant à assassiner le président des Etats Unis en faisant exploser son yacht. La facture de ce film des années 70 a pris un coup de vieux. L'esthétique choisie par le réalisateur et surtout le format 90' appauvrissent le propos et prive le scénario de la dimension poétique du roman. Le film offre malgré tout quelques scènes sincères et touchantes sur le rapport entre les hommes et les dauphins, sur leur base de travail perdue dans une île paradisiaque du Pacifique, des scènes à la fois peu kitchs et assez uniques dans les annales du 7ème art.
Un voyage dans un univers original, un peu daté mais pittoresque.
Un animal doué de raison, un roman de Robert Merle
Première parution en 1967 aux Editions Gallimard
Disponible dans de nombreuses éditions.
Le jour du Dauphin, un film de Mike Nichols sorti en 1973.
Un homme et son chien, seuls dans le froid extrême du Klondike à l'époque de la ruée vers l'or...
Inspiré d'une nouvelle de Jack London, Construire un feu est un huis clos à deux dans le froid glacial de l'Alaska. La déambulation de cet homme et de son chien au milieu de la nature endormie par l'hiver, sobre et dépouillée, rythmée par la voix off du narrateur, nous rappelle l'importance du feu dans les conditions extrêmes. Portée par des dessins âpres et presque monochromes, il nous invite à une marche funeste loin de tout en parvenant à nous faire ressentir le froid même assis au chaud au coin de notre cheminée.
Simple et immersif.
Construire un feu, une bande dessinée de Christophe Chabouté, première édition en 2007.
Disponible dans la collection Vent d'Ouest des éditions Glénat (2016).