Wales & Divers

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Anuar Patjane Floriuk / National Geographic Traveler Photo Contest

28 novembre 2016

DOC: Grizzly Man

Portrait de Tim Treadwell, écologiste illuminé et controversé, qui a passé plusieurs années de sa vie à vivre avec les grizzlys.


Portrait d'un allumé, par un allumé.
Devant la caméra, Timothy Treadwell, dévoré par des grizzlys (avec sa compagne Amie) en 2003, après des mois passés à vivre avec eux. Derrière la caméra, Werner Herzog, réalisateur (entre autres) d'Aguirre, la colère de Dieu, de Fitzcarraldo ou encore de Nosferatu, fantôme de la nuit, qui essaye dans ce documentaire de comprendre la personnalité de son héros à travers des dizaines d'heures de rush tournées avant sa mort. 
Ou comment faire un portrait d'un homme sans jamais l'avoir rencontré. 
Dès les premières séquences, on comprend pourquoi Werner Herzog s'intéresse à lui. Comme chez les héros de ses propres films, il y a chez Timothy Treadwell de la démesure, du narcissisme, de la grandiloquence, et une incontestable touche de génie qui s'apparente comme souvent à de la folie. Le film nous invite donc en Alaska, dans le Katmaï National Park, à vivre avec Tim toujours plus proche des grizzlys. Et il n'a pas peur de s'en approcher vraiment. Le personnage étonne avant tout par son ambiguïté. Si son engagement dans la lutte pour sensibiliser le grand public à la nécessaire protection des ours sauvages est sincère, on se demande souvent s'il n'est pas avant tout là pour se mettre en scène, faire le show et assoir sa notoriété. Tour à tour très professionnel dans ses actes et ses commentaires et au-delà de l'amateurisme le plus total, Tim nous agace presque autant qu'il nous intéresse. Son funeste destin, annoncé dès le début du film, nous aide à tenir, à rester jusqu'à la fin pour assister à sa mort. Le procédé est discutable, mais il fonctionne. Et malgré ses mauvais côtés, Timothy Treadwell est probablement celui qui s'est approché au plus près de cette espèce fascinante et majestueuse qu'est le grizzly. Les images qu'il a rapportées de ses expéditions dans une région à la beauté réellement sauvage restent rares et exceptionnelles.
La fin du film, tragique et brutale, nous rappelle une évidence: le monde sauvage, même lorsque l'on a l'impression de l'avoir apprivoisé, reste sauvage.

Un documentaire poignant et dérangeant sur le rapport entre l'homme et l'animal sauvage.

Grizzly Man, un documentaire de Werner Herzog (2005)
Disponible en DVD/Blue Ray/VOD.







26 novembre 2016

FILM: Et au milieu coule une Rivière

Montana, début du siècle. Un pasteur inculque à ses enfants sa philosophie de vie à travers sa passion pour le pêche à la mouche ...



À travers l'histoire de ce pasteur et de ces deux fils unis par leur passion commune pour la pêche à la mouche, Robert Redford, grand amoureux de l'Amérique des grands espaces, nous offre sans doute son film le plus personnel. Inspiré d'une nouvelle de Norman MacLean, La rivière du Sixième Jour, le réalisateur s'offre un luxe rare, celui de prendre son temps pour nous laisser nous imprégner des bienfaits de ce rapport entre l'Homme, la rivière et la nature environnante.
Le père, interprété par Tom Skerritt, à la fois dur et généreux, Brad Pitt, dans l'une de ses premières apparitions au cinéma, et tous les autres rôles principaux nourrissent cette saga familiale en la rendant à la fois sobre et émouvante.
Mais la grande force du film réside avant tout dans le fait que la philosophie de vie du père, inspirée par un mouvement nord-américain du début du XVIIe siècle initié par Izaac Walton, est davantage suggérée qu'imposée, ce qui laisse l'espace au spectateur pour se l'approprier, dans sa totalité ou en partie seulement, à son rythme, sans avoir l'impression d'assister à une démonstration démagogique pesante. Presque deux cents ans avant Thoreau, cette pensée qui associe philosophie, religion, rapport à la nature et pêche à la mouche se révèle aujourd'hui incroyablement avant-gardiste. 

Une ode à la famille et à la vie au contact de la nature. Dépaysant et apaisant.

Et au milieu coule une Rivière (A River through it), un film de Robert Redford sorti en 1992.
Disponible en DVD/BlueRay/VOD.







25 novembre 2016

ROMAN: L'Homme qui marchait sur la Lune

Un homme arpente inlassablement la Lune, une montagne de l'Ouest américain... 



L'homme qui marchait sur la Lune est un roman court, porté par une belle écriture, très visuelle, qui nous invite à suivre un homme solitaire obsédé par une montagne perdue dans le désert du Nevada. Très vite, nous sommes avec lui, au plus proche de la nature, dans une déambulation sans fin gratuite et inexpliquée. Pourtant, petit à petit, le personnage se révèle. Dans un passé pas si lointain, il était soldat dans l'armée américaine, une sorte de tueur à gages officiel qui semblait accomplir ses missions froidement et sans états d'âme. Lorsqu'il découvre qu'un autre homme arpente comme lui la montagne, sa montagne, il imagine alors qu'il s'agit là d'un proche d'une de ses victimes, venue là pour se venger. Dès lors, le récit bascule dans une chasse à l'homme lente et graduelle, sans que l'on sache jamais vraiment si la présence de cet intrus est une réalité, ou le fruit de la paranoïa de notre héros, plus torturé qu'il ne se l'avoue par son passé violent.
La fin,violente et magnifique, apportera une surprenante réponse à cette question. 
La grande force de ce roman réside dans la capacité de son auteur à nous immerger pleinement dans les errances répétitives et obsessionnelles de son personnage central sur cette montagne aride et froide, et à nous entraîner avec lui dans une transe intérieure hypnotique au plus près de la nature. 

Un thriller intérieur au coeur de la nature. Etonnant et captivant.

L'homme qui marchait sur la Lune, un roman d'Howard McCord (Editions Gallmeister, 2006)







24 novembre 2016

FILM: La Vie Pure

L'histoire (réelle) de Raymond Maufrais, jeune explorateur français de 23 ans parti en 1949 en expédition solitaire dans les forêts de Guyane à la recherche d'une tribu indienne encore inconnue ...



Le cinéma français (comme la littérature) traitant trop rarement du rapport entre l'homme et la nature, il était impossible de ne pas saluer l'existence de ce film (français, donc) dans ce blog, mais malgré un titre plus que prometteur, le film ne tient pas toutes ses promesses, loin de là.
Plutôt que de s'intéresser de la quête de la vie pure, que ce soit d'un point de vue métaphysique, spirituel ou même altermondialiste, l'auteur/réalisateur choisit une autre thématique, l'obstination de son héros à aller au bout de ses rêves, coûte que coûte.  Nous assistons donc à l'aventure humaine touchante d'un jeune homme prêt à tout sacrifier pour être le premier à entrer en contact avec une tribu indienne vivant au coeur de l'immensité de la forêt guyanaise, et au combat de son père pour le retrouver avant qu'il ne soit trop tard. Ce parti pris thématique, tout à fait légitime, n'en demeure pas moins surprenant lorsque l'on sait que le réalisateur est allé au bout de son propos en emmenant son équipe au coeur de la forêt originelle guyanaise, loin de la civilisation, pendant une assez longue période de tournage. 
Lorsque le héros finit par se retrouver livré à lui-même au coeur d'une nature dont il ne connait presque rien, le film devient subitement brutal, violent, presque douloureux à regarder. Cette dernière demi-heure du film, réaliste et plutôt convaincante, aurait sans doute été plus intéressante si elle avait été précédée d'une phase plus contemplative et plus spirituelle pour nous connecter avec la beauté et la puissance de la forêt, avant de nous la rendre âpre et forcément tragique.
Il n'en reste pas moins de très jolies séquences dans cette magnifique forêt guyanaise, qui mènent à une scène finale sublime, d'une poésie et d'une puissance métaphysique rare. On regrette alors que le film se termine, et surtout qu'il n'ait pas basculé plus vite dans cette véritable quête de la vie pure que le héros finit tout de même par atteindre.  

Quand le rapport à la nature se durcit. Inégal mais honnête et généreux. 

La Vie Pure, film français de Jérémy Banster, sorti le 25 Novembre 2015
Disponible en VOD, et le 25 décembre 2016 en BlueRay/DVD




22 novembre 2016

BD: Magasin Général

Quebéc, 1920. Chronique de la vie de Marie, jeune veuve héritière du magasin général de Notre-Dame-Des-Lacs, et de ses habitants...













Neuf albums, soit près de 1000 pages, passés à Notre-Dame-des-Lacs, village isolé dans la nature québécoise ... Quel bonheur !
Magasin Général nous invite à nous immerger dans le quotidien d'un petit village québécois du début du 20e siècle, au coeur de sa galerie d'habitants hauts en couleur. Le récit est centré sur Marie, jeune femme d'une petite trentaine d'années, qui suite au décès de son mari (le narrateur du récit qui nous accompagne d'album en album, brillante idée) va devoir s'occuper seule du magasin général du village, point central du quotidien de cette petite communauté vivant presque en autarcie dans l'immensité de la forêt canadienne. Si Marie est le personnage central, l'histoire s'intéresse également la vie des autres villageois, parmi lesquels un maire du village secoué dans ses habitudes, un curé à la croisée des chemins, un fabriquant de bateau farfelu, un simplet du village plus important pour la communauté qu'il n'en a l'air, trois grenouilles de bénitier locales irrésistibles... Sans oublier Serge, voyageur urbain égaré dans ce havre de conservatisme dont il va lentement mais profondément bousculer les habitudes.
La grande force de Magasin Général réside dans la richesse de cette galerie de personnages, mais également dans la manière dont les auteurs traitent de leur arène. Ici, la forêt et la campagne sont des personnages à part entière qui interagissent avec le parcours des personnages. La narration se construit sur l'alternance de scène de vies intimistes, d'autres plus collectives, et d'ellipses temporelles au plus prés de la nature. Au fil de l'histoire, la faune et la flore locales se révèlent, saison après saison, pour notre plus grand plaisir. 
Portées par des dessins d'une douceur et d'une poésie infinies (notion très subjective, je vous l'accorde), certaines planches sans texte sont de véritables oeuvres d'écopoétique, au sens le plus pur du terme, dans lesquelles les auteurs prennent le temps de connecter leurs personnages à leur environnement, en nous offrant un cadeau rare: un espace temporel et visuel pour explorer et savourer la nature dans laquelle baigne Notre-Dame-des-Lacs.
Au-delà de la portée ethnologique et humaniste de son histoire, Magasin Général est aussi une formidable oeuvre féministe, qui va voir Marie devoir trouver sa place en tant que femme célibataire dans un monde où tout est basé sur la famille, au sein d'une communauté essentiellement féminine puisque les hommes partent plusieurs fois par an pour de longs périples dans les bois en abandonnant à leurs conjointes/mères/filles l'organisation de la vie du village. Enfin, c'est une oeuvre sur l'ouverture à la modernité, à travers le personnage de Serge, citadin aux moeurs très différentes qui va obliger la communauté de ce petit village traditionnel (pour ne pas dire traditionaliste) à accepter le changement et à s'ouvrir en douceur à la modernité. 

Un des chefs d'oeuvre de la bande dessinée contemporaine.


Magasin Général, une série de 9 bandes dessinées de Régis Loisel et Jean-Louis Tripp.
Paru aux éditions Casterman entre 2006 et 2014.




Tome 1: Marie
Tome 2: Serge
Tome 3: Les Hommes
Tome 4: Confessions
Tome 5: Montréal
Tome 6: Ernest Latulippe
Tome 7: Charleston
Tome 8: Les Femmes
Tome 9: Notre-Dame-des-Lacs





21 novembre 2016

DOC: Before the Flood / Avant le Déluge

2016. Leonardo Di Caprio, star mondiale, fraichement nommé ambassadeur de l'ONU, en charge du réchauffement climatique, dresse un bilan de l'urgence de la situation actuelle.



Dix ans après Une Vérité qui Dérange, Léonardo Di Caprio reprend le flambeau des mains d'Al Gore et met son image en jeu pour persuader les sceptiques du réchauffement climatique de l'urgence de notre situation. 
Après trois années passées à sillonner le monde, le réalisateur Fisher Stevens et la star hollywoodienne nous livrent un documentaire-choc sur l'état de la planète et ses perspectives d'avenir en matière d'écologie. Leur constat, forcément grave, se veut néanmoins optimiste et rempli d'espoir. Before The Flood (à prendre au sens biblique du terme) alterne les mises en gardes alarmistes (le massacre des forêts philippines pour créer des champs sans fin d'huile de palme, l'accélération de la fonte de l'immense calotte glaciaire du Groenland, les premiers déplacements de population de réfugiés climatiques des iles du pacifique sur le point de disparaitre suite à l'augmentation du niveau de la mer, etc) et les avancées remplies d'espoir (la prise de conscience du gouvernement chinois en matière d'écologie, l'indépendance vis-à-vis d'énergies fossiles des Pays-Bas, les progrès constants de l'Allemagne en matière d'énergies renouvelables, et bien sûr la signature des accords de Paris de la COP21).
Alors qu'un climatosceptique s'installe pour quatre années à la tête de la première puissance mondiale, le film résonne comme un avertissement pour rappeler à l'Amérique sa responsabilité dans la dégradation de la situation actuelle, et son indispensable implication dans toutes les décisions qui permettront de sauver ce qui peut encore l'être.

Un nouveau cri d'alarme dans un monde qui continue à faire comme si l'essentiel était ailleurs. L'un des plus grands mystères de notre époque. 

Before the Flood, un documentaire de Fisher Stevens, sorti en 2016.


La bande-annonce:



Le discours de Léonardo Di Caprio devant les représentants de l'ONU:






10 novembre 2016

ROMAN: L'Enchanteur

La légende des Chevaliers de la Table Ronde, revisitée par Barjavel, et centrée sur le personnage de Merlin, enchanteur sylvestre dans une forêt de Brocéliande plus mythique et fascinante que jamais ...

Un roman à la fois classique et novateur. Une curiosité. 

L'Enchanteur, un roman de René Barjavel.
Première édition en 1984. Disponible chez Gallimard dans la collection Folio.