Wales & Divers

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Anuar Patjane Floriuk / National Geographic Traveler Photo Contest

20 juillet 2017

DOC: Les Saisons

Une forêt européenne, ses animaux, ses saisons, avant que l'homme ne prenne le dessus sur la nature.


Difficile de critiquer le dernier film de Jacques Perrin et Jacques Cluzaud tant l'intention est louable de vouloir encore et toujours sensibiliser aux merveilles fragiles de la nature. Pourtant, ce voyage ambitieux manque cette fois-ci de fluidité, et de profondeur.
À cause du titre, d'abord, qui promettait un voyage à travers le temps, alors que le film se contente de nous entraîner durant quatre saisons d'une année, sans jamais tenter de nous montrer son évolution au fil du temps, ce qui rend le film finalement assez classique, dans la veine des nombreux documentaires d'immersion en milieu forestier proposés par la télévision.
À cause de la mise en scène, aussi, qui fait se rencontrer différentes espèces pour les besoins de la narration, un procédé utilisé souvent de manière abusive dans les documentaires animaliers de flux actuels, même s'il respecte ici un code de déontologie rigoureux. La scène de poursuite des chevaux sauvages par des loups est visuellement bluffante, mais pas vraiment crédible (entre autres parce qu'elle se termine sans festin), et donc assez pauvre émotionnellement.
À cause du montage, enfin, qui tente de manière artificielle de nouer des relations entre les habitants de cette forêt en créant des jeux de regard qui sonnent souvent faux. Cette volonté de "fictionnaliser" les relations entre les différentes espèces, chère au duo de réalisateurs et qui avait fait la réussite de leurs précédents films (le Peuple migrateur et déjà dans une moindre mesure Océans), semble ici atteindre ses limites. Les ficelles sont trop visibles, et la magie n'opère pas pleinement.
Malgré ces réserves, le film offre son lot d'images magnifiques, quelques séquences d'anthologie, et un dernier quart d'heure inattaquable qui milite pour la protection de la planète, mais qui, à l'image du film dans son ensemble, manque un peu de conviction, de poésie et de folie. 

Un documentaire inabouti, mais sincère et engagé.

Les Saisons, un documentaire de Jacques Perrin et Jacques Cluzaud sorti en 2015.
Disponible en DVD/BlueRay/VOD.





Sur ce site, pour les amateurs de forêt:

ESSAI: La Vie Secrète des Arbres
BD: Sauvage ou la sagesse des pierres
ROMAN & FILM: Le Mur Invisible

 


18 juillet 2017

ESSAI: La Longue Route

Le carnet de bord de Bernard Moitessier durant le Golden Globe Challenge, la première course à la voile autour du monde en solitaire en 1968.














La Longue Route est un récit autobiographique de Bernard Moitessier, marin et philosophe des années 60,  pionnier de la course à la voile en solitaire et altermondialiste avant l'heure, durant la première course à la voile autour du monde en solitaire en 1968. Si ce livre raconte ses longs mois de navigation en les étoffant de nombreuses anecdotes savoureuses, dans le fond comme dans la forme, La Longue Route est davantage un essai philosophique qu'un véritable récit de marin. Au fil des pages, Bernard Moitessier partage avec son lecteur sa vision de la mer, mais surtout sa vision du monde et de ses dérives inhérentes, à la manière d'un fils spirituel de David Thoreau, un fils qui aurait choisi l'océan à la place d'une cabane isolée dans les bois. Son regard critique et sans concession sur les affres du monde moderne résonne comme une invitation à refuser la société de consommation (qu'il appelle "Le Monstre") et à nous reconnecter avec la nature pour profiter d'une vie plus douce et plus épanouissante. Son message prend de nos jours encore plus de sens, et sa philosophie a participé à la construction du mouvement altermondialiste.
Au fil des pages, le lecteur finit par comprendre que Bernard Moitessier a décidé de faire ce tour de monde pour écrire le livre, et non, comme son attitude en fin de parcours le prouvera, pour la course en elle-même. L'histoire est magnifique: alors qu'il remonte l'Atlantique, la victoire lui tend les bras lorsqu'il prend une décision pour le moins stupéfiante. Il lance une lettre à l'aide d'une catapulte à un paquebot qui croisait sa route pour qu'il transmette à la direction de la course le message suivant: "je continue sans escales vers les îles du Pacifique, parce que je suis heureux en mer, et peut-être aussi pour sauver mon âme". Il s'engage alors pour un second tour du monde, qui s'achèvera en Polynésie, où il s'installera sur l'atoll d'Ahe. Un demi-siècle plus tard, cet endroit perdu dans l'océan Pacifique garde toujours une trace de son passage. Surpris de ne voir aucun arbre fruitier sur ces iles, Bernard Moitessier passera plusieurs années de sa vie a faire des aller-retour sur son voilier charges de jeunes arbres pour les planter sur les terres de cet atoll, et offrir à sa population des fruits gratuits, et disponibles sur place. Ce revirement durant la course et son engagement humaniste dans les années qui suivirent ont forgé sa notoriété, et créé un mythe moderne qui résonne encore aujourd'hui dans le coeur des marins et de ceux qui rêvent d'un monde différent. 
Bernard Moitessier s'est éteint en 1994, à l'âge de 69 ans, des suites d'une longue maladie. Son bateau emblématique, le Joshua (en hommage à Joshua Slocum, marin canadien connu pour avoir fait le premier tour du monde à la voile en solitaire à la toute fin du XIXe siècle ), est visible au Musée Maritime de La Rochelle.

Comme un Albatros, mon second roman, rend hommage à ce marin philosophe humaniste dont les écrits ont éclairés ma vision du monde.


Une œuvre majeur, visionnaire et précurseur. Beau et profond comme l'Océan. 

La Longue Route, de Bernard Moitessier.
Première parution en 1971 aux Editions Arthaud.
Disponible chez Arthaud, collection « Mer », 2005 et en format de poche (J'ai lu, 1995)


Les amateurs pourront compléter leur découverte de l'oeuvre de Bernard Moitessier
à travers ses autres publications, toutes disponibles aux Editions Arthaud:
     - Vagabonds des Mers du Sud
     - Tamata et l'Alliance
     - Cap Horn à la voile
     - Voiles, mers lointaine, îles et lagons


Sur ce site, pour les amoureux de la mer:


  

12 juillet 2017

BD: Un Océan d'Amour

Un pêcheur breton se perd en mer et va vivre un incroyable aventure humaine et maritime, pendant que sa femme part à sa recherche.




Un océan d’amour raconte à la fois une formidable histoire d’amour entre un pêcheur et une cuisinière bretons, et un voyage homérien à bord d’une vieille barquasse de pêcheur perdue sur l’immensité de l’océan. Le récit s’articule autour de deux histoires parallèles, celle d’un marin perdu qui cherche à rentrer chez lui, et celle d’une femme prête à prendre tous les risques pour retrouver celui qu’elle aime. Le périple du pêcheur permet à ses auteurs de dresser un état des lieux alarmant de l’état actuel des océans, avec un mélange de militantisme et de poésie très proche de celui de mon roman Comme un Albatros. L’aventure de sa compagne nous entraîne dans un romance sentimentale à travers le voyage d’une femme dans un monde éloigné du sien.

Le parti pris de raconter cette histoire uniquement par l'image (c'est à dire sans dialogue) renforce encore la poésie qui habite chaque case de ce petit chef d’œuvre de la bande dessinée.

Une formidable odyssée poétique sur la mer et l'amour ...

Un Océan d'Amour, bande dessinée de Wilfrid Lupano et Grégory Panaccione (Delcourt, 2014)




Sur ce site, pour les amoureux de la mer:


  

BD: Magasin Général

Quebéc, 1920. Chronique de la vie de Marie, jeune veuve héritière du magasin général de Notre-Dame-Des-Lacs, et de ses habitants...













Neuf albums, soit près de 1000 pages, passés à Notre-Dame-des-Lacs, village isolé dans la nature québécoise ... Quel bonheur !
Magasin Général nous invite à nous immerger dans le quotidien d'un petit village québécois du début du 20e siècle, au coeur de sa galerie d'habitants hauts en couleur. Le récit est centré sur Marie, jeune femme d'une petite trentaine d'années, qui suite au décès de son mari (le narrateur du récit qui nous accompagne d'album en album, brillante idée) va devoir s'occuper seule du magasin général du village, point central du quotidien de cette petite communauté vivant presque en autarcie dans l'immensité de la forêt canadienne. Si Marie est le personnage central, l'histoire s'intéresse également la vie des autres villageois, parmi lesquels un maire du village secoué dans ses habitudes, un curé à la croisée des chemins, un fabriquant de bateau farfelu, un simplet du village plus important pour la communauté qu'il n'en a l'air, trois grenouilles de bénitier locales irrésistibles... Sans oublier Serge, voyageur urbain égaré dans ce havre de conservatisme dont il va lentement mais profondément bousculer les habitudes.
La grande force de Magasin Général réside dans la richesse de cette galerie de personnages, mais également dans la manière dont les auteurs traitent de leur arène. Ici, la forêt et la campagne sont des personnages à part entière qui interagissent avec le parcours des personnages. La narration se construit sur l'alternance de scène de vies intimistes, d'autres plus collectives, et d'ellipses temporelles au plus prés de la nature. Au fil de l'histoire, la faune et la flore locales se révèlent, saison après saison, pour notre plus grand plaisir. 
Portées par des dessins d'une douceur et d'une poésie infinies (notion très subjective, je vous l'accorde), certaines planches sans texte sont de véritables oeuvres d'écopoétique, au sens le plus pur du terme, dans lesquelles les auteurs prennent le temps de connecter leurs personnages à leur environnement, en nous offrant un cadeau rare: un espace temporel et visuel pour explorer et savourer la nature dans laquelle baigne Notre-Dame-des-Lacs.
Au-delà de la portée ethnologique et humaniste de son histoire, Magasin Général est aussi une formidable oeuvre féministe, qui va voir Marie devoir trouver sa place en tant que femme célibataire dans un monde où tout est basé sur la famille, au sein d'une communauté essentiellement féminine puisque les hommes partent plusieurs fois par an pour de longs périples dans les bois en abandonnant à leurs conjointes/mères/filles l'organisation de la vie du village. Enfin, c'est une oeuvre sur l'ouverture à la modernité, à travers le personnage de Serge, citadin aux moeurs très différentes qui va obliger la communauté de ce petit village traditionnel (pour ne pas dire traditionaliste) à accepter le changement et à s'ouvrir en douceur à la modernité. 

Un des chefs d'oeuvre de la bande dessinée contemporaine.


Magasin Général, une série de 9 bandes dessinées de Régis Loisel et Jean-Louis Tripp.
Paru aux éditions Casterman entre 2006 et 2014.




Tome 1: Marie
Tome 2: Serge
Tome 3: Les Hommes
Tome 4: Confessions
Tome 5: Montréal
Tome 6: Ernest Latulippe
Tome 7: Charleston
Tome 8: Les Femmes
Tome 9: Notre-Dame-des-Lacs




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