© P.Yves Touzot 2018

15 avril 2018

ESSAI & FILM: Dans les forêts de Sibérie

Les six mois de Sylvain Tesson, écrivain voyageur français, dans une cabane sur les bords du lac Baikal en plein hiver sibérien.


En une dizaine d'années, Sylvain Tesson est devenu le porte-drapeau philosophique (et médiatique) des écrivains voyageurs français contemporains, mais aussi un auteur reconnu et loué, comme en témoigne la publication entre autres de Dans les forêts de Sibérie aux prestigieuses éditions NRF de Gallimard. Sylvain Tesson, marcheur infatigable, philosophe érudit, et grand amoureux de la langue française, voyage depuis de vingt ans aux quatre coins de la planète, avec une préférence assumée pour la Russie et ses pays voisins. Parmi ses œuvres, citons parmi mes préférés Petit traité sur l'immensité du Monde (Editions Equateurs, 2005), l'Axe du Loups (Robert Laffont, 2004), ou encore Une très légère oscillation (Editions des Equateurs, 2017). Et bien sûr, Dans les Forêts de Sibérie, à mes yeux son œuvre la plus aboutie.
Dans cet essai, Sylvain Tesson nous raconte ses six mois passés au bord du lac Baïkal, en plein hiver sibérien, dans une cabane digne de celle de Walden. Ce qui me touche chez cet étonnant voyageur n'est pas seulement son aptitude à partager avec nous sa vie quotidienne dans cette forêt du bout du monde, mais le regard qu'il porte sur son environnement, sur le monde en général, et aussi sur lui. Car Sylvain Tesson nous entraîne à la fois au plus près de la nature et au plus profond de ses états d'âme d'être humain, que se soit sur concernant sa propre vie ou son rapport de citoyen du monde sur notre société humaine moderne, ses dysfonctionnements et (parfois) ses espoirs. Sa plume est toujours virtuose, ses propos réfléchis et éloquents, et son authenticité bouleversante. Mais au-delà de la qualité de ses écrits, Sylvain Tesson aime ce contexte particulier d'isolement, les climats rudes, la langue russe, la vodka, la lecture, l'histoire, la géographie, et bien sûr l'écriture. Et il aime partager le tout, que ce soit avec les Russes qu'il croise de temps à autre sur place, ou avec ses lecteurs.
J'ai hésité à terminer cette chronique en oubliant volontairement de mentionner le film Dans les forêts de Sibérie, réalisé par Safy Nebou et sorti en 2016, mais il j'ai finalement décidé d'assumer ma déception, et de tenter de l'expliquer. Ce film, j'aurais voulu l'aimer, le défendre, l'encenser, mais malheureusement, rien ne fonctionne dans cette adaptation cinématographique produite (entre autres) par TF1. Ni le choix de remplacer Sylvain Tesson par un personnage de fiction (un publicitaire parisien en plein burn out), ni la musique (aux consonances parfois maghrébines), ni la fausse solitude du héros (qui n'est jamais vraiment seul dans le film), ni la direction artistique (cet anorak bleu flambant neuf qui le restera jusqu'à la fin)... Restent quelques images magnifiques du lac Baïkal, et deux ou trois scènes intéressantes. Maigre butin pour l'adaptation d'une œuvre aussi riche.


Un récit autobiographique inspiré et personnel sur la solitude et le rapport aux grands espaces. Essentiel.

Dans les forêts de Sibérie, un essai de Sylvain Tesson. Prix Médicis 2011.
Première publication en 2011 dans la collection NRF des éditions Gallimard, disponible également dans la collection Folio.





Dans les forêts de Sibérie, un film de Safy Nebbou, sorti en 2016.
Disponible en DVD/BllueRay/VOD.





Sur ce site, à propose d'ermites :








Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire